DANSE | SPECTACLE

Camping | Savusun

26 Juin - 27 Juin 2018

Avec Savusun, le-la danseur-se et chorégraphe iranien-ne Sorour Darabi livre un solo en forme d'exploration des gestes de la contrition. Rites de deuil et manifestations du chagrin : chaque culture développe des codes autour de la peine. Un vocabulaire décortiqué et égratigné par Sorour Darabi.

Le corps et l’identité de Sorour Darabi troublent. Danseur-se et chorégraphe iranien-ne, né-e à Shiraz, Sorour Darabi est homme et femme. Un-e jeune femme-homme qui danse entre les genres et les cultures. Et dans un monde se réduisant de plus en plus aux déterminismes, la multiplicité assumée de Sorour Darabi a quelque chose d’énervant, d’enivrant. Avec sa pièce Savusun [Savušun], il-elle livre ainsi un solo chorégraphique capable de faire résonner les pluralités qui composent l’unité. En farsi, Savusun signifie « gémir à la mort de Siavash ». Prince légendaire du Livre des Rois [Shâhnamêh], sa cérémonie mortuaire est devenue un rite de deuil païen : le Savusun. Islamisé par les premiers chiites, le Savusun est devenu le Ta’zieh, une cérémonie représentant l’histoire de la mort des imams. Moment d’émotions structurées, les cérémonies de deuil mettent en scène douleurs, pleurs, désespoir. Autant de codes culturels que scrute et défie Sorour Darabi.

Savusun [Savušun] de Sorour Darabi : solo chorégraphique et rituels de deuil

Sur un live électro de Pouya Ehsaei, compositeur iranien résidant à Londres, Sorour Darabi explore la texture des émotions. Le titre initial du projet était En ces temps de soumission, jouir de se soumettre est la grande puissance. Soit une manière de sauver la joie, en acceptant de jouir de ce qui oppresse. De ce qui est conçu pour écraser toute possibilité de jouissance. Avec Savusun, Sorour Darabi livre ainsi une pièce célébrant la puissance d’un peuple qui absorbe la soumission imposée pour en faire sa force. Pleurs, douleurs, contrition et regards affligés : les corps convulsent, racontent des histoires plurielles. Mea culpa, mea maxima culpa… La proximité du martyr et de l’autoflagellation confine parfois à l’érotisme. Une forme d’érotisme négatif, comme le note Sorour Darabi. Et puisant dans les gestes, les mouvements des cérémonies de Muharram, notamment, il-elle parfile la trame de cette délicieuse douleur collective.

Les gestes de l’émotion et la subversion de la soumission : terreur, pitié et liberté

Avec Savusun, Sorour Darabi interroge les Pathosformeln [formes du pathos, ou formules pathétiques] chères aux historiens d’art Aby Warburg et Georges Didi-Huberman. Une démarche qui va chercher dans le corps même les traces du chagrin. Objet de représentations variant selon les cultures, chaque corps social compose et met en scène sa souffrance. À l’aune d’un vocabulaire corporel passionné, qui se transmet plus ou moins consciemment, par soumission et mimétisme. Empreinte charnelle intensifiée par ses répétitions artistiques, la forme du pathos ressurgit sous forme de survivance. S’emparant de cette hantise, pour la transporter au jour, Sorour Darabi déploie une catharsis faite de mains qui se frappent l’une l’autre, qui frappent la poitrine, le dos… D’une tête qui tape contre le vide vers le ciel… Et contribuant à une sorte d’Atlas Mnémosyne chorégraphique, une sorte d’herbier des gestes d’émotion, Savusun interroge aussi la valeur subversive de la soumission.