ART | CRITIQUE

Simone Decker

PMuriel Denet
@12 Jan 2008

Magie du trompe-l’œil photographique: des étirements et bulles de chewing-gum rose malabar obturant les campielli de Venise, un petit poulpe dans son aquarium métamorphosé en terrible monstre marin… Un art d’illusion et de simulacre.

Simone Decker travaille in situ, ce qui signifie que le lieu investi par l’artiste, et l’œuvre, se confondent. Ses modalités d’intervention sur l’espace sont variées. Mais, qu’elles en repoussent les limites, ou en modifient la perception, elles sont souvent difficilement restituables par la photographie.

C’est du constat de cette faillite documentaire qu’est née l’idée de la transformation des lieux par la magie du trompe-l’œil photographique. A la Biennale de Venise de 1999, l’artiste proposait ainsi une stupéfiante série de photographies qui installait des sculptures, imposantes par leurs dimensions, et déconcertantes par leur esthétique pop, au cœur de la beauté classique de la cité des Doges.
Étirements, et bulles, de chewing-gum rose malabar, obturaient les campielli de la Sérénissime. La preuve photographique semblait irréfutable: le choc de deux époques, et de deux cultures, avait produit le pire.

Quoique tout soit affaire de point de vue. Au sens figuré comme au sens propre. Un petit poulpe dans son aquarium peut ainsi se métamorphoser en terrible monstre marin (Jérémy), ou de quelconques façades de maisons se transmuter en apparition miraculeuse, irradiant la nuit d’une banale zone périurbaine (Blanc, on ne peut plus blanc).

On sait qu’ailleurs Simone Decker use de projections photographiques pour percer les murs, inventer de nouveaux espaces, amorcer des fictions. Mais l’Atelier du CNP ne se prête cette fois qu’à l’accrochage et au stockage. L’arrière-salle rassemble ainsi, suspendus à des tringles alignées au plafond, de grands voilages opalescents qui proviennent d’une installation récente à Toulouse. Les plis laissent entrevoir des motifs urbains (signalisations, vitrines, grilles, façades d’immeubles, etc.), comme une peau flottante qui a doublé, un temps, les façades réelles de la ville. Ces coulisses nous rappellent combien l’art (de Simone Decker) est affaire d’illusion et de simulacre.

Blanc, on ne peut plus blanc, Borken, Allemagne, 2001. Photo couleur sous plexiglas. 7 pièces.
Jérémy, Bourges, 1999. Photo couleur.
Cheving à Monaco, 2000. Photo couleur.
Curtain Wall, 2002.