DANSE | SPECTACLE

Love Chapter 2

30 Oct - 31 Oct 2018

Les rythmes sculptés par Ori Lichtik forment la trame serrée de Love Chapter 2, des chorégraphes Sharon Eyal et Gai Behar. Sur une techno aiguisée et sensuelle, les corps vibrent. À la recherche d’exutoires pour un désir furieux et vain. Qu'y a-t-il après l'amour ? Il y a Love Chapter 2.

Avec Love Chapter 2 (2017), les chorégraphes Sharon Eyal et Gai Behar (Cie Lev) [graphie : L-E-V] livrent une pièce pour cinq à sept danseurs. Sur une musique techno pulsée d’Ori Litchik ; une musique binaire sans être fade. Compagnie bicéphale, ou dual-core — ‘lev‘ signifie également ‘cœur’ en hébreu —, la compagnie Lev cultive le live, musical comme chorégraphique. Si Sharon Eyal vient de la Batsheva Dance Company, dont elle a également été directrice artistique associée entre 2003 et 2004, Gai Behar vient plutôt de la musique. Techno, House, monde des clubs et de la nuit étaient ses domaines de prédilection (ainsi que ceux d’Ori Litchik) lorsqu’il a rejoint Sharon Eyal en 2005. Travaillant depuis lors ensemble, Sharon Eyal et Gai Behar composent des pièces où les interprètes développent une danse à la fois frénétique, saccadée et ultra-pointue. Le spectacle Love Chapter 2 est leur sixième création conjointe depuis la fondation de L-E-V, en 2013.

Love Chapter 2 de Sharon Eyal et Gai Behar (Cie Lev) : le rythme, la folie et l’amour

Avant Love Chapter 2, il y a eu OCD Love (2015). Pièce autonome, Love Chapter 2 vient après l’effondrement. Une fois l’explosion de l’amour consommée. « Je vis, j’aime, je fonctionne tout en étant brisé.e en miettes d’amour ». Voici à peu près la trame de Love Chapter 2. Une phrase qui traduit la saccade et l’urgence d’une continuation, après le désastre. Quand les frontières se sont effondrées, qu’il n’y a plus de garde-fous. Et ce rapport entre amour, pulsion, pulsation et folie, Sharon Eyal et Gai Behar l’auscultaient déjà dans OCD Love. Le sigle ‘OCD’ signifiant Trouble (Désordre) Obsessionnel Compulsif, en anglais. Corps hantés par l’épuisement amoureux, par un désir insatiable qu’aucun assouvissement ne saurait satisfaire, OCD Love sculptait déjà, sur les rythmes live d’Ori Litchik, des paysages enfumés et magnétiques. À la lisière d’une transe aussi contemporaine qu’atemporelle, sans autre religion que celle de la sensualité.

Après l’amour mais avant la mort : une danse nerveuse, syncopée, fiévreuse

Chapitre deux, l’amour cesse. Mais l’énergie perdure. Corps en proie au manque, sevrage impossible, l’appétit n’en est que plus criant. Danse sensuelle, furieuse, Love Chapter 2 crisse d’un désir qui refuse de s’éteindre. Après la maladie, après l’amour, après que tout a été perdu, la danse continue. Et, pour reprendre les termes de la Cie Lev, ne reste que le rêve qui se prolonge dans un corps aveugle, aveuglé. Épuisement [exhaustion, en anglais] : l’énergie fuit, coule, dégouline. Sans garde-fou, le danger devient celui de soi contre soi. Le désir non consommé réclame son offrande, et les corps des danseurs brûlent d’une force autophage. Tel ce danseur qui s’embrasse l’épaule, dans un langoureux baiser menaçant de devenir morsure, dévoration. Sensuelle et avide, la pièce Love Chapter 2 plonge ainsi dans le trop-plein du manque. Pour une chorégraphie nerveuse, précise, comme un cri devenu danse.