ART | EXPO

Seeing is believing

16 Jan - 20 Fév 2010
Vernissage le 16 Jan 2010

Pour sa première exposition à la Galerie Hussenot, mounir fatmi expérimente une mise en connexion de pièces récentes ou repensées, articulée autour de problématiques complexes qui sont les siennes : la question du savoir et des idéologies, intimement liée à celle de la croyance et de la foi, et au dessus, le texte, au cœur de l’ensemble du dispositif.

Communiqué de presse
mounir fatmi
Seeing is believing

Pour sa première exposition à la Galerie Hussenot, mounir fatmi expérimente une mise en connexion de pièces récentes ou repensées, articulée autour de problématiques complexes qui sont les siennes depuis de nombreuses années : la question du savoir et des idéologies, intimement liée à celle de la croyance et de la foi, et au dessus, le texte, au cœur de l’ensemble du dispositif.

«Si dieu ne voulait pas qu’on le voie, il nous aurait créé aveugles». Cette phrase, écrite par l’artiste, pourrait résumer en quelque sorte l’exposition. «Seeing is believing» interroge donc la présence et l’effacement des mots et des images.

Voici le corps du Christ, dans une Pietà en câble coaxial, corps vidé de sa substance contrastant avec les pleins drapés de la robe de la déplorante, blanc sur blanc comme un presque-rien de visibilité. En quoi croyons-nous aujourd’hui ? Ou plus exactement, sur quoi pouvons-nous ancrer nos certitudes et nos convictions, à l’heure de l’emprise des médias et de l’immédiateté sur les idéologies ? Au final, l’exposition, retournera justement le postulat de départ – «voir c’est croire»- car ce en quoi nous sommes encore susceptibles de croire aujourd’hui relève précisément de l’invisible.

Dans une esthétique toujours proche du minimalisme, mounir fatmi entreprend alors de déconstruire le visible, renforcé par la mise en réseau des œuvres entre elles, comme autant de rappels du vocabulaire plastique et des thèmes qui parcourent toute son œuvre.

Au plan architectural de la mosquée Sidi Oqba répond l’installation sculpturale de cassettes VHS, radicale comme un carré noir de Malevitch, dans un rapport graphique entre deux formes de spiritualité. Leur fait écho la vidéo Suprematism for self-defense, dans laquelle le texte des rapports du FBI sur les Black Panthers ont été effacés, ne laissant que le noir des mots raturés, censurés. Ce tableau suprématiste en mouvement masque sous ses sutures une vérité occultée. S’il n’y a plus rien à voir, est-ce à dire qu’il n’y a peut-être plus rien à croire ?

Au sol, l’installation Les Monuments, des casques de chantier marqués aux noms des penseurs qui ont bâti les idéologies avec ou contre lesquelles s’est construit le monde contemporain, symbolisent le travail de la pensée, souterrain mais omniprésent. Ici aussi s’affirme une des clé de voûte de l’œuvre de mounir fatmi, dont la dynamique s’exprime pleinement dans cet esprit d’ouvrage perpétuellement en mouvement, toujours en construction et inachevé. L’artiste aborde, par un autre biais que celui de la mosquée, la notion de plan, dans laquelle se confrontent les concepts et la projection intellectuelle comme mise en acte de la pensée. Ainsi, la série «Géographie dynamique de l’histoire» laisse au spectateur, avec une économie de mots, et une esthétique radicale, le soin de retisser les liens invisibles entre les courants politiques, l’histoire des idées et l’histoire de l’art.

Les mots, dirait l’artiste, ne sont jamais inoffensifs. Ce danger est matérialisé par des lames de scies circulaires inscrites de calligraphies, dont les bords plus que menaçants, agressent le spectateur et lui manifestent sa vulnérabilité absolue. Ces lames tranchent dans le vif, imposent leur violence contre la beauté de la calligraphie.

Sur la mezzanine, une photo extraite du projet Sleep que l‘artiste a commencé en 2005 en référence directe au film expérimental pop d’Andy Warhol, montre une image virtuelle de Salman Rushdie dans l’abandon du sommeil. Compte-tenu des menaces qui pèsent sur sa vie, dormir le place en état de vulnérabilité. Mais dans le même temps, cette inconscience qu’il s’accorde exprime force et confiance : le sommeil du juste.

L’exposition «Seeing is believing» trace noir sur blanc son langage des signes entre réalité et représentation mentale, perception et intention de signifier, ouvrant en grand l’espace et le moment de l’interprétation, si, comme le dit Ricoeur, interpréter c’est reconstruire ou autrement dit, agir.

critique

Mounir Fatmi. Seeing is believing

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