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Sans titre

PMagali Lesauvage
@12 Jan 2008

La galerie Anton Weller propose une exposition ambitieuse rassemblant trois artistes —Julie Legrand, Isabelle Lévénez, Lionel Sabatté— aux travaux fort différents, convoquant peinture, dessin, sculpture, installation et vidéo autour du thème de l’hybridité.

Sans titre, l’exposition de la galerie Anton Weller, juxtapose les médiums pour former une exposition dérangeante, riche en formes et en sens.
Isabelle Lévénez, enseignante à l’École des beaux-arts d’Angers, est une artiste multiforme. Elle présente pour cette exposition collective une vidéo, Jeux sérieux (2007), ainsi que deux aquarelles d’Homme à tête d’arbre, faisant partie d’une récente série où l’artiste, à la manière d’un Barthélémy Toguo, révèle dans la finesse de la peinture diluée l’hybridité du corps humain.
La vidéo aborde d’une certaine manière aussi une certaine forme d’hybridité, en mettant en scène un personnage portant un masque de lapin, et accomplissant, sous les yeux d’un enfant masqué lui aussi, un acte sacrificiel sur un poulet. La violence contenue dans l’œuvre résulte d’un grand sens dramaturgique, mêlant effet de réel et évocation de rites anciens ancrés dans la mémoire collective, dont atteste le regard-témoin de l’enfant.

A l’opposé des fictions d’Isabelle Lévénez, Julie Legrand, auteure d’installations, présente deux œuvres fascinantes par leur mode d’exécution et leur impact visuel. Projection (2007) est une installation in situ constituée d’un faisceau de fils de pêche jaunes tendus en travers de l’espace de la galerie, et accrochés aux murs par de simples aiguilles à coudre.
Par les reflets des plafonniers dans les fils, l’œuvre donne une lumière singulière, irradiante, évoquant les rayons de lumière divine de la peinture baroque. L’expérience du visiteur à l’intérieur du faisceau provoque une sensation de vertige, d’aspiration.
L’artiste propose également une œuvre tout à fait différente, d’une grande complexité d’exécution. Chemical Fruit (2007) est constitué d’une grille d’aluminium, dans laquelle des éprouvettes en verre ont été « soufflées » par l’artiste elle-même. La fragilité des formes organiques, phalliques, ainsi créées, s’oppose à la rigueur et à la froideur de la grille métallique, et compose une œuvre d’une singulière poésie.

Les toiles de Lionel Sabatté viennent contredire cette rigueur formelle. Dans une matière épaisse et grasse, on retrouve le thème de l’hybridité contenu dans l’exposition, par ces figures mi-humaines mi-animales, aux corps déchirés, en perpétuelle mutation. Arbre I (2007) est une toile qui provoque chez le spectateur successivement attraction et répulsion, plaisir sensuel de la peinture et rejet de la chair exposée, dans un assemblage énigmatique, sans narration, d’éléments divers. Plus dépouillé, Lent Vol (2007), illustre avec poésie le lien entre l’arbre et l’oiseau. Dix petites toiles d’environ 10 cm de côté chacune, petites et terribles images, complètent l’ensemble avec ironie.

Julie Legrand
Chemical Fruit, 2007. Aluminium et éprouvettes en verre, pyrex soufflées à la bouche. 26 x 27 x 36 cm.

Isabelle Lévénez
Homme à tête d’arbre, 2007. Encre et aquarelle sur papier. 107×75 cm.

Lionel Sabatté
Lent Vol, 2007. Technique mixte. 60 x 49 cm.
Le pilote, 2007. Technique mixte. 98 x 99 cm.