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Rose Boréal. Photographies de l’École d’Helsinki

PRoland Cognet
@05 Mai 2008

L’exposition «Rose Boréal» présente de jeunes photographes et vidéastes finlandais. Si certains cèdent aux sirènes de la belle image, d’autres dépassent cette approche formelle et posent avec poésie la question du temps et de la mort. 

Nés dans les années 1970 et 1980, les quinze artistes de l’exposition «Rose Boréal» sont tous d’anciens élèves ou des étudiants de l’Université d’Art et de Design d’Helsinki. C’est leur seul point commun, car leurs travaux sont très différents.

Les plus spectaculaires sont les photographies abstraites de Joonas Ahlava, Mikko Sinervo et Ea Vasko. Grands formats aux effets colorés vaporeux et picturaux ou aux trames graphiques proliférantes, leur séduction un peu facile est renforcée par l’usage systématique du diasec qui accroît la brillance des tirages.
Le formalisme serait ainsi la principale menace qui planerait sur ces jeunes photographes. La plupart des images cherchent en effet à s’imposer par leur beauté plastique et leur perfection technique.

Kalle Kataila développe sans doute un point de vue critique et écologique sur notre rapport à la nature hérité du romantisme. Mais ses évocations du peintre Caspar David Friedrich se laissent aller aux facilités du paysage contemplatif.
Parfois, la vivacité des couleurs et l’étrangeté des lumières servent à merveille le projet de l’artiste. Par exemple, elles contribuent largement à l’onirisme des compositions de Susanna Majuri. Chez elle, l’eau suscite un sentiment mêlé d’attraction et de répulsion. Les personnages mis en scène semblent fascinées par ses reflets glauques et inquiétants.

Outre l’abstraction et le paysage, l’intime et la mémoire individuelle intéressent plusieurs de ces jeunes artistes. Leurs œuvres sont souvent plus discrètes et plus émouvantes. Elles posent la question du temps.
Les vues rapprochées d’objets ou de parties du corps humain que propose Pernilla Zetterman et la belle installation sur trois murs d’Anni Leppälä mettent en scène la succession des générations. Milja Laurila, quant à elle, associe, superpose, fusionne textes, photos de famille et autoportraits pour interroger ses souvenirs d’enfance et faire le deuil de son père.
Encore moins attirés que cette dernière par les séductions du visible, les vidéastes exposés privilégient le plan fixe et le dépouillement de l’image. Leurs critiques, comme la dénonciation du stéréotype chez Santeri Tuori, n’en sont que plus efficaces.

Au sortir de l’exposition, le spectateur ne peut que s’interroger sur la réalité de cette «École d’Helsinki». Il apparaît, devant l’hétérogénéité et l’inégalité des travaux présentés, que cette notion ne définit pas un style, ni même un état d’esprit. Surtout, restreinte aux élèves d’une université, elle fait l’impasse sur les artistes qui n’auraient pas suivi ce cursus. Or, qui prétendrait qu’une scène artistique pourrait se réduire à une école d’art, aussi importante fût-elle ?

Publication
Rose Boréal. Photographies de l’Ecole d’Helsinki, Paris, École nationale supérieure des beaux-arts, 2008. 

Rose Boréal
Man in a Blue, 2008.
Touch of Width, 2008.