DESIGN | EXPO

La fabrique des images

03 Mai - 23 Sep 2018

Graphiste aux montages acérés, Roman Cieslewicz s'est emparé d'une multitude de supports pour déployer ses messages, souvent aussi directs que des uppercuts. Plus de vingt ans après sa mort, l'exposition "La fabrique des images" rend ainsi hommage à ce regard, clair et critique.

L’exposition « La fabrique des images », au MAD (Musée des Arts Décoratifs), revient sur le travail d’un acteur majeur de l’illustration et du graphisme politisés : Roman Cieslewicz (1930-1996). Artiste éclectique aux messages percutants, le travail de Roman Cieslewicz inclut affiches, publicités, éditions, illustrations… Une diversité de supports qui permet de saisir la force unifiante de son travail. Compositions sobres et directes, les montages de Roman Cieslewicz vont droit au but. Réunissant plus de sept-cents pièces, « La fabrique des images » se déploie aussi bien par ordre chronologique que thématique. Un rayonnement qui déborde également dans l’espace urbain, où les œuvres de Roman Cieslewicz ont encore toute leur place. Plus de vingt ans après sa mort, Roman Cieslewicz continue de hanter les murs de Paris avec une indéniable actualité. Cette exposition offre ainsi l’occasion de dépasser le coup de cœur fugace, pour plonger dans le travail du graphiste polonais, devenu parisien en 1963.

« La fabrique des images » de Roman Cieslewicz : graphisme et photomontages

Concevant le graphisme comme une position engagée, Roman Cieslewicz aura utilisé le photomontage comme mise en tension d’éléments disjoints, au sein d’un même espace. Avec un humour aiguisé, ses compositions défient et renversent les symboles du pouvoir. Chaque jour, Roman Cieslewicz dépouillait la presse, prélevant ainsi des éléments répartis entre quelques trois-cent-cinquante boîtes d’archives. Une complexité qui tranche avec la simplicité de ses créations. Leur épure frontale rappelant d’ailleurs les avant-gardes russes ou Dada, dont la visée était de frapper fort et juste. Pour une poésie scandaleuse (scandée), sans concession, sans autre parti pris qu’une forme d’intégrité graphique. Vendu à aucun parti donc, pas même celui de l’art, le travail de Roman Cieslewicz s’est offert le luxe du regard critique. Via la revue d’art contemporain Opus International, notamment.

Un regard pointu et percutant sur l’actualité : du détail à l’Histoire, par l’illustration

Dans Il est exactement 1989 (1991), maquette de double-page pour la revue Panique, sur la page de gauche : Mikhaïl Gorbatchev. En noir et blanc, avec une expression un peu comique sur le visage, il pointe sa montre du doigt. Sur la page de droite, en haut : une photo des époux Elena et Nicolae Ceaușescu, en rouge et blanc. Un bandeau coupe la page : « 1 + 1 = 3 ». En bas : une photo, en noir et blanc, du corps d’Elena Ceaușescu. Une balle dans la tête, avec une rigole de sang. Pour qui ne (re)connaît pas l’histoire, cette double page est peu lisible : les images sont très dégradées. Et là où Haroun Farocki, par exemple, aura eu besoin de créer un documentaire d’une heure et demie (Vidéogrammes d’une révolution, 1992), Roman Cieslewicz se contente d’une double-page. Une illustration emblématique de son œuvre : condensée, codée, fulgurante.