ART | EXPO

Robert Rauschenberg. Salvage

20 Oct - 14 Jan 2017
Vernissage le 20 Oct 2016

La galerie Thaddaeus Ropac présente dans son espace du Marais, à Paris, la première exposition monographique consacrée à l’artiste américain Robert Rauschenberg. Toiles peintes et sérigraphiées constituant la série Salvage y sont exposées, témoignant de son intime conviction que la peinture est étroitement liée à « l’art et à la vie et que ni l’un ni l’autre ne peuvent être fabriquées ».

Robert Rauschenberg n’eut de cesse d’explorer de nouvelles techniques et des matériaux empruntés à la réalité quotidienne pour faire de ses toiles des surfaces d’information. L’exposition « Salvage », organisée à la galerie Thaddaeus Ropac, rappelle l’importance de la photographie dans l’œuvre picturale de l’artiste américain.

Combine Paintings et silkscreen paintings

Né aux Etats-Unis, au Texas en 1925, Robert Rauschenberg est devenu l’un des artistes les plus reconnus et les influents de l’art américain, après avoir été délaissé par la critique qui ne voyait en lui qu’un « enfant terrible » (tel était son surnom), s’obstinant à combiner à partir des années 1950 peinture, sculpture, photographie, impression, et technologie. Rauschenberg entendait ainsi célébrer la vie quotidienne la plus ordinaire en faisant se rencontrer dans ses toiles déchets urbains et peinture, peinture et actualité, et éléments de la réalité la plus banale et immédiate.

Il réalise alors ses premiers combine paintings, tout à la fois sculptures et peintures, en forme de panneaux peints, saturés de photos, de morceaux de journaux et d’objets hétéroclites empruntés à la vie quotidienne. Ainsi Bed (1955), dans lequel on voit couverture, drap, et oreiller dégoulinants de peinture, ne manquera pas de heurter la critique.

L’une des premières combinaisons, et parmi les plus célèbres, Monogram (1959) consiste en un assemblage inattendu de matériaux : une chèvre angora, un pneu, une barrière de police, une chaussure, une balle de tennis, et de la peinture. Ce travail avant-gardiste influencera l’art moderne, et l’idée selon laquelle associer et combiner objets et images restera la préoccupation esthétique fondamentale de Rauschenberg.

Avec l’apparition et le développement du Pop Art dans les années 1960, Rauschenberg se détournera de ce type de travail et commencera à utiliser des photographies tirées des magazines d’actualité pour créer des silk-screen prints où reproduction de l’image et peinture coexistent. Rauschenberg va reproduire des images d’actualité alors familières, telles celles de John Kennedy ou de parties de baseball, pour les recouvrir de peinture. Ainsi se superposent des images de la réalité quotidienne et les gestes abstraits du peintre. En recourant à cette technique, Rauschenberg entendait porter un jugement sur la société de son temps en utilisant précisément les images qui donnaient forme et substance à cette même société.

« Salvage » : la photographie comme mémoire et prisme de la réalité

Au cours des années 1980 et 1990, Rauschenberg poursuivra inlassablement ses expérimentations esthétiques en utilisant tout particulièrement le collage et de nouvelles techniques de reproduction des images. La série de peintures des « Salvage », datant de la période 1983-1985, témoigne au plus haut point de l’intérêt renouvelé de Rauschenberg pour la photographie et de son indéfectible volonté d’introduire dans son œuvre des matériaux empruntés à la réalité. Animaux et objets de la vie quotidienne sont constamment présents dans les œuvres de cette période : chèvres, poules, seaux, portes, échelles et chaises de bois racontent l’histoire de ses débuts dans un pays frappé par la Dépression. Les roues de bicyclette sont aussi un leitmotiv de cette enfance et de cette adolescence américaines : peut-être un moyen, rêve d’adolescent, de s’évader de son lieu de naissance, Port Arthur.

Le travail photographique est alors tout autant un effort de mémoire qu’une tentative renouvelée de lire le présent.