PHOTO

Réplique de la chose absente

Dans un espace extrêmement sobre, éclairé par une série de néons blancs suspendus au plafond, sont disposés divers objets, de l’ordre de la sculpture et de la structure qui, par leur emplacement, créent chacun un espace distinct dans l’exposition.

Dès l’entrée, on est confronté à ce qui pourrait être la réplique d’un jardin au mois de septembre comme le suggère le titre de l’une des œuvres. D’une part, Septembre, un transat en bois et verre. D’autre part, Pomme suspendue, une corde accrochée au plafond, pendante jusqu’au sol et ornée d’une sculpture en argile en forme de pomme.
Cet espace commun produit pourtant d’emblée un sentiment d’étrangeté. L’arbre est une corde, la pomme est en argile, et le tissu qui recouvre habituellement les transats, a été ici remplacé par du verre. Cet espace devient de fait inaccessible, vacant, comme une illusion.

Un autre espace, intérieur cette fois, est intitulé Réversibilité. C’est un atelier d’artiste composé d’une série d’étagères sur lesquelles sont juxtaposés des objets hétéroclites. Au-dessus de l’atelier, une simple latte de bois à laquelle est accolée un morceau de toile tient lieu de chevalet. Une sculpture en argile représentant une jambe humaine est également placée à côté de ce dispositif. Enfin, des outils, du verre, de la terre, du carton, un chiffon, sont disposés sur les autres étagères.

Réplique de la chose absente forme un troisième espace. Trois planches en bois sont juxtaposées les unes sur les autres. Deux cônes en émergent. Le plus grand des deux semble inachevé. Alors que sa base est en métal, son extrémité, en carton, indique qu’il s’agit d’une esquisse.
D’autre part, une rampe d’escalier fixée au-dessus des trois planches ne commence et ne s’arrête nulle part. L’œuvre ainsi inachevée n’évoque qu’un signe de ce qu’elle est censée représenter.

Accrochés aux murs, Connivence I et Connivence II sont des films en plastique contenant des poils et des cheveux, comme autant de traces, d’empreintes d’un monde absent.
Enfin, seul indice temporel, un son de cloche retentit toutes les heures. Il est là comme pour perturber un peu plus les repères spatio-temporels auxquels le visiteur pourrait tenter de se raccrocher.

Avec un dispositif minimal, hors de tout sentimentalisme, Guillaume Leblon construit un environnement déserté par l’homme dont les cheveux et les poils sont les seules traces. Cet environnement est celui d’une maison avec un espace extérieur (le jardin), et deux espaces intérieurs: un atelier et un rez-de-chaussée.

A travers ce dispositif, Guillaume Leblon engage une réflexion sur la trace. Au bas de l’atelier, se trouve un agglomérat de terre et de cailloux comme des vestiges.
Les objets exposés font partie du quotidien, et pourtant ils sont réduits à de simples répliques, des copies rafistolées d’un monde absent. L’œuvre est conçue comme un indice, susceptible d’évoquer un faisceau de références, une construction, une histoire, un univers.

Les objets quotidiens sont à la fois exposés aux effets du temps (symbolisé par le son de cloche) et paradoxalement enfouis, cachés, de l’ordre de la réminiscence. Réplique de la chose absente plonge le visiteur dans un environnement incertain, vacant, sorte de tableau métaphysique qui dévoile des lieux intimes comme autant de vestiges d’un monde à la fois présent et absent, de l’ordre de la fiction et du réel.

Guillaume Leblon
— Réversibilité, 2009. Métal, carton, plastiline, bois aggloméré, divers matériaux. 240 x 90 x 45 cm.
Pomme suspendue, 2009. Corde, argile crue, peinture. 5m de corde, 8 cm de diamètre.
 Septembre, 2009. Bois, verre. 220 x 70 x 90 cm.
Réplique de la chose absente, 2009. Bois aggloméré, inox, papier, métal, terre. 200 x 95 x 200 cm.
Connivence I, 2009. Papier, film plastique, poils et cheveux. 78 x 58,5 cm.
Connivence II, 2009. Papier, film, poils et cheveux. 58,5 x 80 cm.
16h, Frévent, 2009. Œuvre sonore.

Publications
— Manuel Olveira, Dieter Roelstracte, Guillaume Leblon, Parallel Walk, Frac Bourgogne, Les presses du réel, Dijon, 2009.
— Eva Gonzalez-Sancho et Marianne Lanavére, Guillaume Leblon, Frac Bourgogne, Les Presses du réel, Dijon, 2004.