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Projet insolent

Interview de Fanny Denis, Juliette Weiss, Iris Millot, Juliette Bulteau et Anaïs Weiss, qui parlent ici de leur « Projet insolent », fruit de leur passion pour la mode. Elles racontent leurs motivations, leurs inspirations mais aussi leurs visions sur l'art et la mode.

Qui êtes vous et d’où venez vous ?

Nous sommes des filles de 16 ans, un groupe de copines qui « trainons » tout le temps ensemble : Fanny Denis, Juliette Weiss, Iris Millot, Anaïs Weiss et Juliette Bulteau. Nous habitons toutes à Paris et plus précisément dans la zone Est. Nous sommes toutes différentes physiquement, mentalement et avons également des origines différentes. Nous sommes très liées les unes aux autres et nous soutenons dans chaque épreuve qui nous confronte à l’adolescence ; nous avons trouvé en chacune d’entre nous de vraies amies, des sœurs.

Comment vous êtes-vous rencontrées toutes les cinq ?

Cela fait maintenant plusieurs années que nous nous sommes rencontrées. Pour certaines ce fut au début du collège en 5e, pour d’autres cela fait environ deux ans.

Quel est, et a été votre but en créant ce projet ?

Le « Projet insolent » est d’une certaine façon le fruit de notre passion pour la mode. En s’inspirant des créateurs cultes de l’histoire, nous nous sommes attachées à retravailler les tendances phares de la mode d’antan, pour les ancrer dans notre époque. Nous avons privilégié une activité constructive et des plus passionnante aux heures d’inactivité, et par dessus tout nous voulions réaliser notre rêve le plus cher !

Quelles sont vos inspirations dans la vie de tous les jours ? Avez-vous une passion commune ?

Nous sommes effectivement passionnées par l’art et la haute couture, en particulier inspirées par les années 70’s jusqu’aux années 2000 qui sont pour nous des périodes de mode des plus magiques.

Que représente pour vous le «Projet insolent» ?

Aujourd’hui, à l’âge de 16 ans nous éprouvons le besoin de partager notre façon de voir les choses, notre art. Ainsi en créant le «Projet insolent», nous réalisons nos premières créations en nous inspirant de nos différentes idées, ainsi que de grands créateurs comme par exemples : Galliano, Alexander McQueen, Jonathan Anderson et d’autres artistes et projets futuristes.

Pourquoi avez-vous choisi ces tenues et cette matière ?

Il était essentiel pour nous d’inaugurer notre projet avec une matière plutôt originale, insolite qui nous a aussi beaucoup amusée. À partir de cellophane qui se veut à la fois provocant et futuriste nous avons confectionné une sorte de vêtement éphémère, avec ce matériel utilisé au quotidien. Nous avons créé des habits que l’on ne peut mettre qu’une seule fois. Le cellophane est une matière qui n’est pas utilisé pour fabriquer des vêtements ce qui rend nos créations originales, c’est aussi un utilitaire qui reflète la lumière de manière gracieuse sans provoquer d’éblouissements pour autant. C’est également une matière des plus maniables et flexible, sensible à l’électricité statique, donc adhésive à la peau. Nous avons aussi travaillé sur le fait qu’en enroulant plus ou moins de fois le cellophane celui ci prenait différents aspects, il évolue dans sa transparence. Le mariage entre la matière, les vêtements et les accessoires a créé quelque chose d’inhabituel, de nouveau.

Qu’est ce qui vous a inspiré chez chacun de ces créateurs ?

Nous nous sommes inspirées de divers créateurs comme Alexander McQueen avec le « Kate Moss Hologram » car il présente des créations basées sur des matières réfléchissantes comme le cellophane. Parallèlement, Galliano a utilisé, pour la collection haute couture hiver 2010/2011 de Christian Dior, un thème floral en enveloppant le visage de ses mannequins avec du cellophane de différentes couleurs, comme si elles étaient elles même des bouquets de fleurs. Aussi les couturières de rue Cambon pour Chanel, ont eu la capacité de s’approprier le cellophane en les transformant en néo enluminures pour toilettes haute couture, pour la série printemps/été 2009 du défilé Chanel. Le défilé printemps/été 2016 de Loewe nous a également beaucoup intéressé, car ici Jonathan Anderson a exploré le terrain de la féminité en développant la matière de cellophane sur les jambes des mannequins donnant des pantalons en cellophane.

Vous êtes vous inspirées d’autres artistes ?

Comme vous pouvez le constater on s’est beaucoup inspiré de la haute couture et des créateurs futuristes mais en réalité pas uniquement. Effectivement nous avons étudié les oeuvres de l’artiste japonais Haruhiko Kawaguchi car il a enveloppé des couples d’hommes et femmes dans des sacs sous vide en cellophane, afin de montrer une vision claustrophobe de l’amour.

Qu’est ce qui chez chacun de ces créateurs et artistes a contribué à la réalisation de votre projet ?

En ayant étudié les différents créateurs et artistes cités, nous avons cherché à réutiliser ces aspects et potentialités de cette matière vus par ceux ci, en les adaptant à notre jeune génération et à l’ambiance de la jeunesse parisienne tel que nous la voyons. Nous voulons nous démarquer des idées reçues des « jeunes » de notre époque en donnant une image et un fond plus subtil, ambitieux et nouveau à notre projet. Cependant, aujourd’hui nous évoluons biensûr avec les réseaux sociaux qui sont, à notre manière, un moyen de s’informer, d’échanger, de se cultiver et donc de s’inspirer.

Comment procédez-vous pour réaliser vos séries de vêtements ?

Nous avons décidé d’associer chacun de nos projets à une série de photos, à chaque fois différentes, toutes réalisées dans des lieux distincts. Nous organisons nos photos en portraits, duos et quatuors.

Où avez-vous réalisé ces premières photos ?

Le lieu des photos a été important dans la réalisation de cette première série, nous avons eu la chance de pouvoir nous exécuter dans une magnifique galerie d’art située Rue Dupont de l’Eure à Gambetta (Paris 20e). La pièce bénéficie d’une très grande hauteur de plafond et d’une marquise en guise de toit, ce qui donne une superbe luminosité à la pièce, les murs sont délabrés, apportant une touche d’authenticité aux photos.

Quelle a été le rôle de ce lieu ?

Ce vaste espace lumineux qu’offrait la galerie nous a beaucoup aidé pour ce shooting. Iris, qui a photographié la première série du projet, a pris des portraits, des duos, et des quatuors. Elle a joué avec les néons blancs, la lumière et les murs délabrés, parsemés de quelques touches de couleurs, pour donner quelque chose de simple et élégant . Les filles, quand à elles, ont joué sur les postures et les regards insolents pour rappeler le thème principal du projet.

Qu’en est-il de la suite? Y en aura-t-il ?

Bien sûr, nous finalisons actuellement la 2e série qui a été photographiée très récemment, elle sera mise sur notre site très prochainement, nous avons hâte de la partager!