ART | EXPO

Pilot Light. Artistes contemporains et sida

04 Fév - 31 Mar 2010
Vernissage le 04 Fév 2010

Mené par la jeune commissaire Lumi Tan, Pilot Light est un projet engagé qui donne voix à travers la métropole lilloise aux réflexions des artistes contemporains face à la stigmatisation toujours tenace du sida.

Communiqué de presse
General Idea, Nan Goldin, Felix Gonzales-Torres, Gran Furry, Peter Hujar, Derek Jarman, Michel Journiac, Robert Mapplethorpe, David Wojnarowicz (avec James Romberger et Marguerite Van Cook), Kamol Phaosavasdi, Araya Rasdjarmrearnsook, Sutee kunavichayanont, Patiroop Chychookiat, Anna Katharina Scheidegger, Medhi A et le portfolio Acess for all (Leondro Erlich, General Idea, Jef Geys, Shirin Neshat, Kamol Phaosovasdi, Shirana Shahbazi, Manit Sriwanichpoom, Rirkrit Tiravanija, Laurence Weiner, Sue Williams).
Pilot Light. Artistes contemporains et sida

Au centre hospitalier Gustave Dron de Tourcoing, dans l’unité des «Maladies infectieuses et du voyageur», Hans Nefkens, partenaire de la manifestation «Pilot Light» et fondateur d’Artaids (association en faveur des séropositifs et de la prévention contre le sida), explique que «Piloth Light doit donner forme à l’invisible. Informer, dé-stigmatiser, prévenir et faire évoluer notre regard sur le virus du sida: l’art doit être le véhicule du changement».

Le sida fait toujours peur. Pour preuve l’œuvre de Patiroop Chychookiat présentée au Lycée Montebello de Lille intitulée I Have Been Asked By A Woman Who Has HIV And She’d Got A Toothache; Have You Ever Seen Any Dental Clinic For HIV Person?.
Le processus est simple: proposer aux lycéens, professeurs, organisateurs et visiteurs de faire le test du sida. Les résultats, anonymes, sont ensuite exposés au public. Au lycée Montebello, seuls trois résultats sont visibles.

L’Espace le Carré, à Lille, fait la part belle aux œuvres de la première génération d’artistes confrontée au sida. Si les images sont souvent dures, on découvre ici les engagements et les stratégies des artistes des années 80 face à la stigmatisation du virus et de ses malades, comme Michel Journiac qui, dans une photographie extraite de la série «Rituel de transmutation», marque son bras au fer rouge du symbole triangulaire utilisé par les nazis pour classer, selon un code de couleur, les prisonniers. Ce geste fort symbolise le courage face au pouvoir, à la torture, aux blessures et aux stigmatisations.

Plus loin, ce sont les images de Gilles et Gotscho, assis sur une table, enlacés dans un long baiser, réalisées par Nan Goldin avant le décès du marchand d’art Gilles Dusein. Images crues, sans concessions et pourtant pleines de douceur.

Ou encore Felix Gonzales-Torres qui fut probablement l’artiste le plus engagé face au virus du sida, dont il décédera à l’âge de 39 ans. Unitled (Himmer, Hate, Hole, Helms) est un objet de médiation, une accumulation viscérale et charnelle de feuilles rouges au format raisin sur lesquelles sont inscrits les mots «Himmer» (surveillant nazi des camps de concentrations), «Hate» (haine), «Hole» (trou) et «Helms» (sénateur américain connu pour ces propos homophobes et racistes) et, au verso, est écrit: «How many times? For how long?  Why?».
Cette œuvre, d’une extrême fragilité, disparaîtra au fur et mesure du passage des visiteurs qui pourront emporter, sans plus de formalités, les feuilles volantes. Deux puzzles de Felix Gonzales-Torres sont également exposés parmi les objets du collectif Genera Idea, actif jusqu’à sa disparition en 1994, à la suite du décès dû au sida de deux de ses membres, Felix Partz et Jorge Zontal.

Deux autoportraits du photographe Robert Mapplethorpe ponctuent l’exposition. Dans ces autoportraits dissociés et fracturés, il se dédouble dans l’un, et trône dans l’autre au second plan en tenant comme une prédiction le pommeau d’une canne en forme de crâne.

La Maison Folie de Moulin, présente pour sa part, les regards d’artistes thaïlandais comme Village Kids Singing 2547 d’Araya Rasdjarmrearnsook, une vidéo en noir et blanc qui enregistre en un seul plan fixe le chant patriotique de cinq jeunes garçons thaïlandais séropositifs, exclus par leur société.

Ou Sutee Kunovichayamont, artiste thaïlandais aux multiples talents, explore les failles politiques et sociales de son pays natal. Le village Thaï se présente sur une table lumineuse comme un charmant village miniature, les choses y sont lisses, immaculées et totalement déshumanisées. Grâce à des loupes, nous pouvons lire de nombreux panneaux minuscules destinés aux touristes qui, dans un mélange de thaï et d’anglais, vantent les mérites d’un pays sans sida ni prostitution.

Suite à une résidence dans une unité de santé de l’adolescent et dans une clinique médico-psychologique pour adulte, l’artiste suisse Anna Katharina présente une série de photographies réalisée au sténopé par les patients. Comment peut-on vivre… montre des coudes, de l’épiderme et de la chair. Les images sont fragiles, comme les êtres dont on mesure la maigreur des articulations. Ces clichés réalisés par hasard et par instinct ont la force d’évocation de la pudeur, la douceur et l’humanité des cadrages.

Enfin, l’installation Transfert, de Médhi A., s’est construite progressivement au gré de rencontres faites par Médhi A. durant sa résidence à la Maison Folie de Moulin. Transfert se compose d’empreintes corporelles en plâtre: oreilles, nez, omoplates, ventres, etc. Ces plâtres s’offrent ainsi, comme autant de parties d’un corps hybride, exposées sur une table à la fois socle, table d’autopsie ou de banquet.
Pour prolonger encore les associations, les participations et les rencontres, Médhi A. nous offre craies et murs pour communiquer. Hans Kefkens a tracé ces premiers mots: «See with your heart».

Pilot Light
est un projet d’envergure. Et d’utilité.
On recense aujourd’hui 2000 séropositifs dans la région Nord-Pas-de-Calais, 100 à 150 000 en France et environ 53 millions dans le monde.

Lieux
— Espace le Carré
— Maison Folie de Moulins
— Cinéma associatif de quartier l’Univers
— Lycée Européen Montebello
— Hôpital St Vincent de Paul
— Centre Hospitalier Gustave Dron

critique

Pilot Light. Artistes contemporains et sida