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INTERVIEW
Stéphane Couturier
Stéphane Couturier



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Stephane-Couturier-<i>Melting-Point-4<-i>-2005-Color-print-190-x-250-cm-Courtesy-galerie-Polaris-Paris

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Portrait-de-Stephane-Couturier-©-Quentin-Douaire

  
discontinuité de deux images mises côte à côte. Avec «Melting Point» les deux images, au lieu d’être translatées, sont mises l’une sur l’autre. Après, il suffit de regarder ce qui se passe.

Depuis l’apparition de la photographie numérique, le public s’interroge beaucoup.
Le numérique a submergé le grand public. Les spectateurs ne cessent de questionner le travail. De nombreuses interrogations les assaillent, ils se demandent toujours si la photographie exposée est argentiqu ou numérique. Ils sont traversés par des doutes mais «Melting Point» tente de les dépasser. L’intervention numérique est assumée et, à ma manière, je tente d’interpeller les gens en les obligeant à se poser des questions.

Pourquoi ne peut-on plus regarder les photographies comme il y a vingt ou dix ans?
J’observe énormément le comportement des spectateurs. Il y a une croyance nouvelle qui consiste à penser que toute image non conventionnelle, ambiguë, bizarre est le fruit du numérique. Tout travail est remis en cause. Des collectionneurs vont même jusqu’à douter de mes anciennes séries, ils y voient des retouches numériques et des recours à la palette graphique. Dès qu’ils ne comprennent pas un élément de la photographie, ils l’imputent à une manipulation, ils y voient une falsification.
Ces comportements sont devenus légion alors qu’auparavant l’image ne générait pas ce genre de questions, de remises en cause. «Melting Point» s’amuse de cette nouvelle situation. Je ne regarde plus les images comme avant. Celles des années 1980 me paraissent datées, patinées par le temps, elles sont vintages. Cette nouvelle série sera sans doute dépassée dans dix ans. L’ambition actuelle réside moins dans l’élaboration d’une image durable que dans un projet expérimental.

La différence entre l’argentique et le numérique?
Le numérique amène un outil supplémentaire. Avant, il n’y avait pas de choix. Désormais, les deux moyens se présentent à l’artiste. Il faut savoir que l’outil numérique apporte un vrai changement. Je peux obtenir des photographies que je n’aurais pas pu réaliser il y a cinq ou dix ans. Le résultat se rapproche de mes intentions. Libre à chacun d’employer l’un ou l’autre en fonction de ses besoins, de ses visées. La photographie devient hybride, elle mélange allègrement les apports et les spécificités des deux pratiques. «Melting Point» reprend cette notion dans sa fabrication. En ce sens, elle se rapproche de son sujet, une chaîne de montage automobile, qui est également hybride.
Je suis surpris par les questions du public. J’avais à l’esprit qu’une photographie n’est que le résultat de manipulations successives, de la prise de vue au tirage. Ceci est autant vrai pour une photographie primitive, comme le photogramme, argentique ou numérique.
L’argentique est le fruit d’une manipulation. Une photographie tourne le dos à la réalité, elle ne peut pas rivaliser avec l’œil. La photographie, hier comme aujourd’hui, est toujours dans la compensation, dans le compromis. Il faut qu’elle se rapproche le plus possible de ce que l’on a vu, mais il persiste toujours un petit décalage. On est bien d’accord que regarder une photo ne revient pas à regarder la réalité. Mais la notion de véracité reste attachée à la photographie. Une photographie n’est pas la vérité mais une vérité.

Le vocabulaire formel que vous utilisez aujourd’hui était décelable antérieurement, mais il n’était pas aussi central.
Dans «Melting Point», il y a une adéquation entre la forme et le fond. Les notions de flou, de fluidité et d’ondulation viennent renforcer le sujet traité. L’atomisation des formes reprend la division du travail de la chaîne de montage. L’information est densifiée, complexifiée, grâce au fusionnement d’une multitude de matières. Le magma de couleurs et d’effets est là pour être activé par le spectateur. Chaque parcelle est un tout. Chaque partie est autonome et l’ensemble de la composition se nourrit de cette multitude. Il règne une unicité dans la diversité et inversement.

Photographier une usine automobile rappelle plus Les Temps modernes que Matrix.
Je n’ai pas pensé à Chaplin pour cette série. L’élément humain semble absent, mais l’usine ne fonctionne que parce qu’il a trois mille personnes qui maximisent la production, minimisent les stocks et optimisent le tout pour avoir la meilleure gestion possible.

Pourquoi travailler dans des formats tableaux?
Tout dépend des sujets, certains nécessitent des tirages plus grands que d’autres, c’est à chaque fois différent. Les formats de «Melting Point» restent relativement grands. Actuellement, je tire des photos plus petites que dans le passé. Je m’aperçois également que certaines photos n’ont pas besoin d’être aussi grandes, elles fonctionnent tout aussi bien dans des formats plus petits. L’intention n’est pas dénaturée, la petitesse permet de mettre en place un rapport privilégié avec l’œuvre, d’insufflé de l’intimité. Il ne faut pas se contenter du déjà fait. Toute nouvelle exposition est un investissement, il faut pouvoir générer une réflexion et faire avancer le travail.
Le format-tableau a envahi les murs des galeries. Très honnêtement, je trouve que dans bien des cas la photographie n’a pas sa place sur un mur. Elle fonctionne même étonnement bien en livre. On a tendance à mélanger le livre et l’exposition et malheureusement, dans bien des cas, ce type de travaux n’a pas été pensé pour être présenté de la sorte. Souvent cela ne fonctionne pas très bien. J’éprouve plus de plaisir à consulter les livres qu’à déambuler dans certaines expositions. Je dis cela sans vouloir opérer une hiérarchie entre la photo debout et la photo couchée. Je ne sais pas si «Melting Point» marcherait si bien que ça en livre par exemple, c’est une question que je me pose. J’aime la voir au mur car je trouve qu’elle prend de l’ampleur, qu’elle dégage du

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