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INTERVIEW
Jota Castro



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Jota-Castro-vue-de-la-performance-<i>Discrimination-Day<-I>-au-Palais-de-Tokyo-3-fevrier-2005-©-Daniel-Moulinet

Jota-Castro-vue-de-la-performance-<i>Discrimination-Day<-I>-au-Palais-de-Tokyo-3-fevrier-2005-©-Daniel-Moulinet

Jota-Castro-vue-de-la-performance-<i>Discrimination-Day<-I>-au-Palais-de-Tokyo-3-fevrier-2005-©-Daniel-Moulinet

  
que chercheurs et en tant que Français. L’administration Bush compte une présence importante de cadres latino-américains et asiatiques en comparaison de leur quasi-absence dans l’administration Chirac. De même, les artistes français issus de l’immigration sont beaucoup plus médiatisés à l’étranger qu’en France.
Ma position particulière — qui affecte la compréhension de mon travail — vient de ce que je suis à la fois celui qui critique et questionne et celui qui vient du Tiers-Monde. Je suis
dans la position de l’Autre, tel que le définit Edward Saïd, et tel que je l’ai mis en place dans Discrimination Day. C’est-à-dire celui qui fait peur, qui représente l’inconnu et, dans une certaine mesure, le danger. C’est pour cela que, lors de Discrimination Day, il y avait le choix entre « Blanc/White » et « Autre/Other ». Certaines personnes de couleur blanche passaient dans « Autre » en disant : je me sens discriminé parce que je suis gay, vieux, moche, etc.

Quelle parenté établis-tu entre ton travail (Discrimination Day et cette installation Liberté Egalité Fraternité où seules les personnes de couleur peuvent entrer) et la pièce que proposait Santiago Sierra à la Biennale de Venise 2003 ?
(Après une digression sur la manie des journalistes et des critiques à établir des typologies). J’estime que le travail de Santiago Sierra — par ailleurs mon ami — et le mien ont une valeur différente. Santiago Sierra, dans cette action réalisée au Pavillon espagnol de la Biennale de Venise, traite de la fin de l’État-Nation au sein de ce qu’il considère comme une institution passée, les pavillons nationaux de la Biennale de Venise. Il dit   : vous ne rentrez pas si vous n’avez pas la carte d’identité espagnole. Santiago Sierra parle d’une situation de fait irrévocable, basée sur des structures nationales et administratives.
Mon installation dépasse le concept d’État-Nation puisque seuls peuvent entrer les gens venant d’ailleurs ou accompagnés par une personne de couleur. De temps en temps, le vigile chargé du filtrage disparaît et tout le monde peut entrer durant un laps de temps très court. C’est bon aussi de désobéir…
Le point commun réside dans le travail sur le manque et la frustration, que ce soit ceux de l’artiste ou du spectateur, et dans la volonté de traiter de sujets qui ne sont pas considérés comme nobles par l’histoire de l’art.

A propos du rapport avec d’autres artistes, peux-tu parler d’une pièce, Torino Junknews (2004), qui me semble singulière dans ton travail en raison de sa référence avouée à l’Arte Povera ?
Cette pièce, que j’ai exposée à Rennes, vient de ma rencontre avec Mario Merz et d’une analyse de l’information. En effet, on assiste à la fois à une accumulation incroyable d’informations et à la nécessité de devoir valider, assimiler cette même information.
Mario Merz avait remarqué que je déchirais systématiquement les articles de la presse italienne qui contenaient des informations tronquées par les mass media — en particulier celles portant sur les questions communautaires —, et que je les mettais dans un sac. Touché par l’intérêt de Mario Merz, j’ai continué cette pratique et cette pièce en forme d’hommage à l’Arte Povera dont je me sens proche par les matériaux pauvres que j’utilise pour mes installations et par la manière de traiter l’information.

Qu’en est-il de la question de la forme telle qu’elle se manifeste dans des pièces comme Brains (2005), ou dans le choix de laisser en place l’installation Discrimination Day ?
Au début, la forme était le cadet de mes soucis. Mais très tôt, les gens, par exemple en Italie, ont reconnu un style « Jota Castro ». Je trouvais alors que dans l’art contemporain la question de la forme était exagérée au détriment de l’idée. Je pense aujourd’hui que je peux devenir formellement plus fort afin de provoquer l’empathie tout en pratiquant un art pour adultes. Pour cette exposition, je désirais effectuer un travail intellectuel, tout en réalisant des pièces de plus en plus fortes. Ce n’est une pose. Ce qu’il y a ici, c’est moi.

Est-ce là le sens de la pièce où l’on se trouve : Tertulia de autista (2005) ?
La pièce, qui vient de changer, sera en fait la même vidéo qui sera diffusée tout au long de l’exposition. Il s’agit d’un hommage à Amiel, un ami proche qui vient de mourir. On m’y voit en train de casser une pièce réalisée pour La Criée de Rennes : un pont d’une centaine de mètres de long composé de huit tonnes de plaques de verre. C’était un tournant dans mon travail, ma première installation monumentale.

J’aimerais enfin revenir sur la longue phrase-autoportrait publiée dans le catalogue de l’exposition « Hardcore » où revient deux fois la notion de culpabilité. Pourquoi cette récurrence ?
C’est tout simplement parce que je travaille sur la culpabilité, comme moyen de réaction, et non sur l’ego. Je désire m’éloigner d’une certaine idée égocentrique de l’artiste et m’interroger sur mes culpabilités : en tant que membre d’une famille, en tant qu’homme, en tant que citoyen et autrefois diplomate, en tant qu’artiste. En Italie, j’ai conçu un mur des lamentations mobile, où était écrit « S’il vous-plaît, mettez vos

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