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PHOTO | CRITIQUES
Kota Ezawa, Malachi Farrell...
The Last Generation
25 févr. - 22 avr. 2006
Paris. Galerie Jousse entreprise
L’exposition «The Last Generation» aborde notre présent le plus contemporain à partir de l’incertitude quant au statut du réel, de la saturation des images médiatiques. Mais la «last generation» n’a rien d’une «lost generation»: si sa place reste à trouver dans le présent, elle est la première à penser cette difficulté.


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Vue-de-l-rsquo;exposition-laquo;The-Last-Generation-raquo;-agrave;-la-galerie-Jousse-Entreprise-25-f-eacute;v-22-avr-2006-Courtesy-galerie-Jousse-Entreprise

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Par Etienne Helmer

Après avoir été présentée à New-York, l’exposition «The Last Generation» introduit dans la Galerie Jousse entreprise notre présent le plus contemporain. Elle le place tout d’abord sous le signe de l’incertitude quant au statut du réel : images médiatiques et écrans en tous genres filtrent notre vision du monde, mais qu’y a-t-il derrière ces écrans?

Ainsi en est-l du portrait de Donald Rumsfeld (2006) par Wayne Gonzales, qui reprend à grande échelle la vision que nous en donnent nos écrans familiers: visible à condition de trouver la bonne distance, disparaissant dès qu’on s’approche, l’homme politique tient à la fois du réel et du simulacre; mais où est la frontière?
De même, le Flag de Scott Myles n’a rien d’un drapeau traditionnel: trois panneaux verticaux de gaze translucide (bleu, blanc, rouge) reliés par un côté commun servent de filtres à notre vision des choses, mais le regard ne peut passer simultanément à travers tous, comme si la visibilité impliquait de renoncer à l’unité du monde, le thème ayant ici une connotation politique.
Cette incertitude renvoie ensuite au paradoxe dont toutes ces œuvres témoignent, celui de la saturation du réel et de son absence oppressante.
La saturation, c’est celle des images informatiques sans tremblement ni faille, qu’on trouve aussi bien dans les films ou les tableaux d’Anne-Mie Van Kerckhoven (Blackstar et Spinoza) que dans les films de Kota Ezawa (Who’s Afraid of Black, White and Grey, 2003): ces derniers racontent en boucle deux historiettes différentes mais très proches, avec les mêmes personnages, ce qui ajoute la saturation du sens à la reprise du support.
Dans la photographie Spinoza d’Anne-Mie Van Kerckhoven, une jeune fille se dresse dans un intérieur bourgeois confiné en tenant le nom du philosophe de l’immanence universelle et de la libération: mais quelle libération est possible entre les quatre murs du salon écrasé sous le poids des conventions, si ce n’est la dérision ludique?

Quant à l’absence, si diverses que soient leurs œuvres, ces huit artistes nous la font éprouver dans la distance qui nous sépare de nous-mêmes et du monde. Distance au familier d’abord: dans le film Cumulator (2004) d’Anne-Mie Van Kerckhoven, des personnages vivent dans un univers à mi-chemin entre le jeu vidéo et le film d’animation. Ils semblent étrangers à ces lieux qui, même lorsqu’ils semblent domestiques, sont rarement domestiqués et intimes.
Distance aussi à la culture traditionnelle et à ses références majeures: dans ce même film, tout comme dans Spinoza, des noms et des citations de philosophes et de poètes défilent en caractères d’écolier, comme si la valeur de la référence avait perdu tout sérieux et se réduisait à des noms à connotation ludique.
Idem dans le film de Koza Etawa, inspiré de Who’s Afraid of Virginia Woolf? de Mike Nichols (1966): Richard Burton et Elizabeth Taylor deviennent les anti-idoles d’un monde terne et aux émotions compulsives.

La distance est aussi celle des médiations à franchir pour atteindre l’autre dans sa singularité. Dans la photographie Somniloqui (2002) de Laurent Montaron, un homme écoute dans un casque relié à un magnétophone assez compliqué et à un micro, placé au dessus de la tête d’une femme endormie, les propos qui peuplent ses rêves, comme s’il n’était plus possible de (se) parler.

Un électrophone placé à côté de la photographie nous restitue ces voix du sommeil, comme s’il fallait exorciser l’intimité la plus profonde, et interdire à chacun d’être à soi. Distance entre les êtres donc, mais aussi distance à soi-même: dans l’une des vidéos d’Emilie Halpern (For no One), des larmes coulent sur un visage photographié et impassible, comme si un fossé séparait les mouvements du corps des émotions qu’ils traduisent: «ça» pleure mais personne n’a mal, car il n’y précisément personne.
Dans Disappearing Act, elle évoque cette même disparition de soi mais à propos de notre absence au monde: une jeune fille dans un décor naturel se dissimule sous une feuille de papier argenté. On ne la voit donc plus, mais seulement les reflets de la lumière et de la verdure qui l’entoure sur ce miroir ambulant, qui finit même par disparaître de l’écran.

Aussi saturation vacillante et absence sont-elles indissociables, comme le montre l’installation de Jan Macuska (From Wall to Wall, 2005): un espace blanc et vide, légèrement isolé des autres œuvre; sur l’un des murs, un écran de lumière sans autre image que cette phrase à mi-hauteur du mur, qui se continue en lettres réelles en dehors de l’écran et qui relate le mouvement d’un «je» anonyme allant d’un mur

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