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PHOTO | CRITIQUES
Saâdane Afif, Jean-Pierre Bertrand...
Self-Portrait I & II
16 oct. - 27 nov. 2004
Paris. Galerie Michel Rein
«Self-Portrait»: non pas une série d’autoportraits d’artistes, ni même le portrait d’une génération de créateurs; plutôt l’autoportrait d’une galerie engagée avec ses artistes dans l’exploration aiguë des phénomènes de société.


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Val-eacute;rie-Jouve-<em>Sans-titre-(Les-Personnages)<-em>-2000-2003-Tirage-chromog-egrave;ne-100-x-130-cm-Courtesy-galerie-Michel-Rein

George-Dupin-<em>Piscines-de-Salomon-complexe-h-ocirc;telier-inachev-eacute;-Artas<-em>-2003-Impression-jet-d-rsquo;encre-sur-papier-archive-contrecollage-aluminium-56-x-70-cm-Courtesy-galerie-Michel-Rein

George-Dupin-Jewish-Museum-9-14-Lindenstra-szlig;e-2003-Papier-Kodak-laquo;-nbsp;metallic-paper-nbsp;-raquo;-diasec-40-x-50-cm-(chaque)-Courtesy-galerie-Michel-Rein

Jordi-Colomer-<em>Anarchitekton-Brasilia<-em>-2004-8-photos-contrecoll-eacute;es-sur-dibond-79-x-114-cm-(chaque)-Courtesy-galerie-Michel-Rein

Jordi-Colomer-<em>Le-Dortoir-bande-son<-em>-2002-Carton-bois-plastique-mat-eacute;riel-eacute;lectronique-disque-compact-142-x-113-x-53-cm-Courtesy-galerie-Michel-Rein

Didier-Marcel-<em>Sans-titre-(maquette)<-em>-2004-Acier-galvanis-eacute;-moteur-eacute;lectrique-Courtesy-galerie-Michel-Rein

  
Par Emmanuel Posnic

Qu’y a-t-il derrière ce «Self-Portrait» ? Il ne s’agit pas bien sûr d’une série d’autoportraits d’artistes ni même du portrait d’une génération de créateurs français ou travaillant régulièrement en France. Peut-être faut-il y voir par contre l’autoportrait d’une galerie, engagée depuis longtemps avec ses artistes dans l’exploration aiguë des ph&ecute;nomènes de société.

Deux expositions ne suffisent pas pour en témoigner. Elles font écho cependant à cette sensibilité, elles servent de préambule pour appréhender les intentions d’un groupe d’artistes conscient de construire une pensée potentiellement critique. Tous les artistes de la galerie n’y sont pas: on retrouve cependant les célébrités du lieu, Jordi Colomer, Jean-Pierre Bertrand et Saâdane Afif en tête, mais aussi Didier Marcel et Stefan Nikolaev. D’autres viennent se joindre à eux, les photographes Georges Dupin, Valérie Jouve et Santu Mokofeng.
Les deux expositions ne suffisent pas certes mais elles savent rendre compte de la pluralité des expressions contemporaines installées chez Michel Rein depuis plusieurs années, à Tours puis aujourd’hui à Paris, en présentant un ensemble suffisamment large, depuis la peinture, l’installation, la sculpture et le son (discrètement introduit par Colomer) dans «Part 1» jusqu’à la photographie dans «Part 2».

«Part 1» répond à une trame assez simple : un artiste, une œuvre.
Face à l’entrée, dans la pièce à part, Jordi Colomer installe un transistor comme il exposerait une sculpture précieuse (Le Dortoir, bande-son, 2002). Là, sous une vitrine de musée, l’appareil aurait presque fière allure, tout près d’une consécration artistique, enfin libéré du carcan qui le retient dans le cycle mercantile. Si ce n’était son mode de fabrication particulier à partir de cartons et d’autres éléments de récupération (un bouchon de bouteille en guise de bouton de volume, par exemple).
Le monument disparaît ainsi sous le ridicule, l’électroménager familial comme symbole du culte du progrès moderniste ne résiste pas au fracas de l’artiste. Postulant ready-made, l’appareil n’est que l’ombre de lui-même: objet sans fonctionnalité, sculpture sans qualité, il n’accède à aucun statut d’envergure. Et c’est précisément ce qui intéresse Jordi Colomer, ce moment où le degré zéro de la représentation cède le pas à l’interrogation sur la posture de l’œuvre dans la société contemporaine, moment où l’on regarde l’objet non pas pour ce qu’il est mais pour ce qu’il tente de nous dire. La malice de l’artiste va jusqu’à introduire une source sonore sous l’appareil, manière de travestir une dernière fois son installation.

Didier Marcel applique la même stratégie que Colomer. Sans titre (Maquette) de 2004 montre le modèle réduit d’un bâtiment désaffecté présenté, comme une démonstration de salon, sur une table tournante. Tout y est, depuis la moquette un peu passée, jusqu’aux stores des bureaux vieillis. Le détail est minutieux, aussi précis qu’une description de la fin des manufactures ouvrières, et aussi ténu que l’actualité économique européenne des délocalisations agressives. Un univers vidé de sa forme et de son contenu, il n’y a plus que des fantômes pour le traverser.

Didier Marcel rend compte d’une réalité de manière assez brutale, organisant même la mise en scène de sa critique. La démonstration de Stefan Nikolaev s’en approche, bien que celle-ci joue avec les armes de l’illusion. Son Marlboro Boxes Silkscreen Ink on Painted Wood (2004) tire à une échelle de mausolée la ressemblance avec un paquet de cigarette légendaire. Marlboro, héros de la conquête américaine en terre bulgare : a-t-on jamais vu tel décalage ? Un quaker américain livré à l’histoire personnelle d’un artiste né à Sofia, élevé dans le bloc soviétique et qui assiste à l’effondrement d’un système politique et économique ainsi qu’à l’émergence du capitalisme sauvage. Marlboro stigmatise cet état de fait, mais la sculpture de l’artiste, pour autobiographique qu’elle soit, reste étrangère à tout pathos et tout sentimentalisme. Elle transmet par contre la poésie d’un vieux rêve de l’Est devenu réalité de dupes, et fige non sans une certaine ironie l’objet jetable dans une posture de sculpture classique.

Saâdane Afif et Jean-Pierre Bertrand achèvent cette première partie de l’exposition en proposant des pièces construites sur une stabilité sans faille. Deux tableaux très sobres qui requalifient la peinture en replaçant au premier plan le geste de

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