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PHOTO | CRITIQUES
Jeremy Deller
Jeremy Deller
09 nov. - 21 déc. 2002
Paris. Galerie Art: Concept
De la musique, des petites images, des autocollants et des objets : autant de morceaux de vie, de témoignages d’amitié, issus d’une exploration de la Californie populaire et marginale d’aujourd’hui — un étonnant métissage de passé et d’actualité.


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Jeremy-Deller-Vue-de-l-rsquo;exposition-agrave;-la-galerie-Art-nbsp;-nbsp;Concept-Photo-Didier-L-Honorey-Courtesy-Galerie-Art-Concept

Jeremy-Deller-Vue-de-l-rsquo;exposition-agrave;-la-galerie-Art-nbsp;-Concept-Photo-Didier-L-Honorey-Courtesy-Galerie-Art-Concept

  
Par Hélène Sirven

Lorsque le visiteur pénètre dans la galerie, il voit une photographie qui contient une étrange architecture : Disneyland ? Non, il s’agit d’un temple mormon. Un peu plus loin, dans l’espace du bureau, six paysages saturés aux couleurs violentes. Le monde californien est soudain dressé là, peuplé de figures singulières et d’étendues immenses.

Les images, la musique installées pa Jeremy Deller réveilleraient une vieille nostalgie — chez ceux qui, dans les années 1960-1970 aux États-Unis et ailleurs, ont « fait la route » en quête d’une plus que nécessaire liberté — si l’artiste n’avait pas renouvelé les données du voyage dans l’expérience récente qu’il livre au spectateur.
En effet, les cinq parties de ce « reportage » inscrivent au creux d’une exploration de la Californie populaire et marginale d’aujourd’hui un étonnant métissage de passé et d’actualité (l’histoire de Charles Manson côtoie en fait les répercussions du 11 septembre 2001).
Ce mixage, naturel mais renforcé par Deller, existe grâce à sa rencontre directe — plutôt chaleureuse — avec les gens dans leur environnement quotidien et leurs célébrations (Veteran’s Day Parade). De la prison au musée exotique, des grands espaces à l’habitacle du 4x4, le regard artistique de Jeremy Deller est toujours attentif à l’humain, et le lien avec ses actions précédentes reste actif. On se souvient de cette reconstitution d’une manifestation sanglante de mineurs anglais sous le gouvernement Thatcher, The Battle of Orgreave ; Deller avait su convaincre les véritables protagonistes de «rejouer» l’événement. Et les discussions qui avaient eu lieu donnaient à l’acte artistique la valeur d’un engagement fort.

La musique (folk, country) est présente dans ce parcours d’errance relative dont l’artiste restitue des fragments, des gros plans, des détails, des paysages, des portraits. Les petites images (photos faites par l’artiste, dessins achetés à des prisonniers) et les objets qui les accompagnent, dont un extraordinaire cœur en fil de fer barbelé, n’ont pas plus l’allure de reliques que de documents. Il s’agirait plutôt de morceaux de vie, de témoignages d’amitié, de sources pour un voyage à venir. Deller avait besoin de quitter l’Angleterre et d’être aux États-Unis pour continuer son travail artistique, prendre de la distance s’imposait ; il a fallu entrer dans le paysage « jusqu’au bout » : l’artiste a acheté un terrain.

Le « guide » intitulé After The Gold Rush (Après la Ruée vers l’Or) constitue également un élément non négligeable de cet ensemble de pistes visuelles et sonores. Mais la force de l’installation réside ici dans la collection d’autocollants pour voitures que Deller a voulus plus ou moins provocants (« God Less America » au lieu de « Bless ») : ces objets codés participent du mode de rencontre, où la politique se mêle au social. Le déploiement de ces mini-messages évoque immédiatement l’efficacité et la simplicité américaines : ce que tu es et ce que tu n’es pas est visible sans ambiguïté.

L’artiste a tenu à éviter le cube blanc : les murs de la pièce centrale de la galerie ont été repeints en jaune et en orange saumoné. Des couleurs du sud, sur lesquelles se détachent les couleurs vives des photographies, des mots, comme autant de portes vers des mondes en fait assez lointains.
Il semblerait que Deller invite celui qui regarde le réel à le faire vraiment. La traversée en voiture renvoie à celle des temps précieux qui parfois nous sont donnés si nous savons les saisir. Cette exposition sollicite notre mode d’approche des situations, des objets qui surgissent dans leur active incongruïté : ainsi cette botte de cow-boy est un ornement funéraire sur une tombe minimale, la photographie le montre.

La Californie (l’intérieur des terres), pays d’espoir, de désillusion, de violence, de corruption et de désert, devient sous l’impulsion de Jeremy Deller une sorte de collage sans concession. Les liens entre les parties du « puzzle » sont tangibles et il nous appartient de ne pas oublier l’attraction du vide qui sous-tend tout voyage. Comment l’image peut-elle interroger l’altérité ? Peut-être en procédant au lent assemblage des parties manquantes de la petite histoire des gens.

Œuvre(s)
Jeremy Deller :
Entrée :
Sans titre, 2001. Photographie couleur. 30 x 30 cm.

Salle d’exposition:
Installation composée de :
—27 autocollants (Nixon Now ; The Best Way to Predict the Future is to Help Create It ; If You Must Burn Our Flag… Please — Wrap Yorself in It First ; Don’t Steal, the Government Hates Competition ;

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