Par Julia Peker Julia Peker
Assemblant sculptures, dessins, et photographies, Jean-Luc Moulène compose un univers de formes abstraites, où brillent d’énigmatiques astres noirs.
Une ligne médiane, tracée par cinq sculptures, traverse l’espace de la galerie Chantal Crousel. A une extrémité, un immense modèle sphérique au titre improbable,
Quelque chose généralisée, composé de plats de bois. La structure oc
upe presque tout le volume de la pièce, barrant le passage: le regard seul circule à travers cette armature fragile et aérienne.
En regard de ce vide imposant se trouve une sphère beaucoup plus petite, lourde, émaillée de pavés noirs de Lisbonne disposés en cercles concentriques. La symétrie des deux sphères arrime le regard à des lignes de forces, à un jeu de vide et de plein.
Face à cette
Boule fixe, une photographie représente une plage de galets aussi noirs que les pavés de Lisbonne, animés eux aussi d’un puissant mouvement circulaire. De la plage, la photographie retient la pierre opaque plus que le paysage, dissolvant le regard dans l’observation de formes sans figures.
Dans cette exposition, Jean-Luc Moulène est plus proche de la chose que de l’objet. Il délaisse objets du quotidien et figures humaines, pour sculpter le mouvement des formes. Photographies, dessins, sculptures, toutes ces œuvres inédites sont reliées par un même travail sur la perception et la représentation. Privé de tout repère anecdotique, de toute référence sociale, l’œil s’acclimate à la géométrie sensible de ces formes dépouillées.
Les dessins font écho à leur manière à cette direction sculpturale donnée au regard. En représentant l’
Etoile noire, schématisée pour les besoins de la représentation, Jean-Luc Moulène ramène la représentation à la reproduction artificielle d’un symbole. Les lignes des rayons, aussi intangibles soient-elles, sont ici nettement tracées, car on s’habitue à voir le réel dans un signe construit et infidèle.
Une photographie en noir et blanc donne la réplique à ce dessin: le soleil perce à travers les nuages, creusant cette matière nébuleuse d’une pure luminosité, irréductible à toute forme.
Aussi abstraites soient-elles, nombre des formes sont traversées de symboles, habitées par d’obscures significations hermétiques, et notamment alchimiques. Dilatée par cette recherche de sens, la pupille construit les représentations du monde autour de connexions implicites et ramifiées.
Jean-Luc Moulène ouvre ici ce système symbolique, invitant le regard à le traverser pour palper le vide qu’il recouvre.
Œuvre(s)Jean-Luc Moulène
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Les Anneaux, 2007. Bromure noir et blanc contrecollé sur aluminium. 120 x 120 cm (non encadré). 124,5 x 124,5 x 6 cm (encadré).
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Cinq concentrés concentriques, 2007. Elastomère de polyuréthane noir. Diamètre 18 cm.
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Deux bassines, 2007. Cibachrome contrecollé sur aluminium. 120 x 120 cm (non encadré). 124,5 x 124,5 x 6 cm (encadré).
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La Victoire de Bercy, 2007. Contreplaqué mélaminé et laiton (cire perdue). 19 x 16 x 42,5 cm.
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Bosse, 2007. Cibachrome contrecollé sur aluminium. 120 x 140 cm (non encadré). 124,5 x 145 x 6 cm (encadré).
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Quelque chose noir et ombre, 2006. Acier (cordes de piano 3,5 et 1,8 mm). 160 x 160 x 200 cm.
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La Fontaine des amoureux, 2007. Cibachrome contrecollé sur aluminium. 120 x 120 cm (non encadré). 124,5 x 124,5 x 6 cm (encadré).
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Soleil, 2007. Bromure noir et blanc contrecollé sur aluminium. 49 x 49 cm (non encadré). 69 x 69 x 3 cm (encadré).
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Le Tunnel, 2007. Impressions sur papier journal en quadrichromie de trente-six pages agrafées. 23,5 x 32 cm. 120 x 80 x 120 cm.
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No pentagram, 2006. Feutre noir sur papier. 46 x 38 cm (non encadré). 79 x 71 x 4 cm (encadré).
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Etoile noire, 2006. Feutre noir et bleu sur papier. 46 x 38 cm (non encadré). 79 x 71 x 4 cm (encadré).
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La Tête noire, Paris, janv. 2007. Béton ciré et graphité. 38,5 x 33 x 33 cm.
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Pierre bleue, 2007. Cibachrome contrecollé sur aluminium. 120 x 120 cm (non encadré). 124,5 x 124,5 x 6 cm (encadré).
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La Main noire, 2007. Cibachrome contrecollé sur aluminium. 61 x 46 cm (non encadré). 95 x 80 x 3 cm (encadré).
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Boule fixe (Lisbon Ball), 2007. Mousse polyuréthane, époxy, pavés de Lisbonne noirs. Diamètre : 88 cm.
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Le Camion rouge, 2006. Feutre noir et rouge sur papier. 38 x 57,5 cm, plié : 29 x 38 cm (non encadré). 51 x 59 x 3,5 cm (encadré).
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Echelle, 2007. Cibachrome contrecollé sur aluminium. 46 x 61 cm (non encadré). 80 x 95 x 3 cm