Par Philippe Coubetergues
L’exposition Fischli et Weiss est une réussite. C’est une rétrospective sans que l’accrochage soit chronologique. Elle permet d’appréhender en profondeur l’œuvre de ces deux artistes associés depuis 1979. Sculptures, installations, vidéos, photographies: c’est une démarche qui se déploie sous des aspects variés, réunis sous le trait constant de l’humour. C’est une œuvre g&ea
ute;néreuse, sans effet de manche, ni effet de mode. A suivre, dix entrées possibles dans le monde surprenant et joyeux de Fischli et Weiss.
Le simulacre
La question du trompe-l’œil traverse l’œuvre de Fischli et Weiss. La première salle de l’exposition est consacrée à une série de moulages en caoutchouc, d’objets naturels ou manufacturés. Une souche d’arbre en particulier, arrachée et couchée, trône au centre de la salle, posée sur un socle blanc. La gomme noire témoigne du moindre interstice de matière, de la plus infime déchirure végétale. La transposition trouble en même temps qu’elle intensifie l’expressivité du motif. L’idée de simulacre se retrouve dans la salle consacrée à l’atelier. De prime abord, les deux artistes semblent avoir reconstitué leur atelier dans le musée: palettes de bois superposées, seaux de peinture et pinceaux, cendriers et mégots, outils et jouets, divers objets et éléments mobiliers. Il faut beaucoup d’attention pour accepter l’idée que tout cela n’est que faux-semblant. Même effet dans la salle dite des
Sculptures grises également en polyuréthane peint mais que l’on jurerait entièrement réalisée en terre.
L’équilibre
Porte-à-faux, contre poids, jambages, étais, jeux de calles, balanciers, chaises à bascule, échafaudages et engrenages: la sculpture de Fischli et Weiss tient du château de cartes. La célèbre vidéo intitulée Le cours des choses n’est qu’une succession de pertes d’équilibre, mises en scène pour les besoins d’un long travelling et arrangées dans un «véritable» faux plan séquence.
Equilibre – Un après-midi tranquille: une série de photos d’objets usuels, associés dans des équilibres toujours plus précaires. Mais plus globalement, on peut dire que l’ensemble de l’œuvre tient sur la corde raide.
Le grotesque
Un accident de saucisses à roulettes, le voyage de deux clowns déguisés à travers des paysages sublimes, un verre de lait qui se renverse, un sac poubelle qui s’éventre, une roue de voiture qui part toute seule, des pétards de farces et attrapes qui propulsent des jouets d’enfant, une bouilloire qui explose, un ballon de baudruche qui se dégonfle: l’univers de Fischli et Weiss a quelque chose du grand guignol. C’est le burlesque pris très au sérieux.
Le cliché
Fischli et Weiss jouent sur les clichés et pas seulement les clichés photographiques. Les 8000 photos de voyages réunies dans
Un Monde visible ne renient pas leur nature de cartes postales mais par effet d’accumulation, elles nous renvoient à une vision idyllique du monde sur lequel se fonde tout un marketing de l’exotisme. On y retrouve le kitch amusé de la série des
Fleurs, Champignons. Entre le convenu et le dissonant, le spectaculaire et le déjà-vu, le bon goût et l’écoeurant, leur ligne iconographique se maintient donc «border line».
Le quotidien
Fischli et Weiss, c’est le charme de l’art domestique. Une râpe à fromage, un couteau de cuisine, un balai, une éponge, une table basse, un morceau de sucre, et le tour est joué. Le tour du monde comme de tour de l’atelier. C’est la vie de tous les jours qui se condense dans leurs arrangements. A sa façon,
Le Cours des choses est une nature morte, une vanité. Un arrangement d’objets à l’image de notre quotidien et de son cours irrévocable, un enchaînement sans fin de relations de cause à effet par lequel on se laisse fasciner et dans lequel on se laisse prendre.
Le bricolage
Le Cours des choses: dans l’atelier correspond au making-off de la vidéo. On y voit les deux complices ajuster leurs effets, bricoler les éléments, vérifier les trajectoires, calculer les correspondances, etc. Deux gosses, deux apprentis sorciers qui testent au fil des jours leurs extravagantes inventions. Fous rires, excitation face au danger, expression de surprise, commentaires divers: c’est l’ambiance de l’atelier où progressivement s’élabore l’enchaînement. La préparation est méticuleuse. Tout se joue au quart de poil. Les assemblages eux sont rudimentaires, grossièrement bricolés. Ce qui compte, c’est que ça tombe pile. On retrouve cette sorte de rusticité des moyens dans
Soudain, Cette Vue d’ensemble. La terre crue bien que finement modelée conserve son aspect brut. Fischli et Weiss concilient une