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PHOTO | CRITIQUES
De ma fenêtre
17 déc. 2004 - 27 févr. 2005
Paris. Ecole nationale supérieure des beaux-arts
Vingt et un artistes venus de Pologne, de République tchèque, de Croatie, etc., regardent par leurs fenêtres. Et sous leurs yeux défilent un monde, une vie, des gens, des situations et une société que peut-être seul l’art a la capacité de nous faire regarder.


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Zbigniew-Rogalski-<i>Euro<-I>-2003-Peinture-a-l-huile-sur-toile-150-x-200-cm-Courtesy-ING-Polish-Art-Foundation-Varsovie

Rafal-Bujnowski-<i>Visa-Project<-I>-(detail)-2004-Installation-comprenant-une-peinture-une-photo-couleur-sur-papier-un-texte-imprime-de-demande-de-visa-complete-a-la-main-et-une-video-sur-DVD-35-x-35-cm-(peinture)-21-x-30-cm-(chaque-photo)-47-Courtesy-Raster-Varsovie

Aleksandar-Battista-Ilic-<i>Weekend-Art-Hallelujah-the-Hill<-i>-1995-2004-162-diapositives-Courtesy-Aleksandar-Battista-Ilic

Igor-Krenz-<i>Fire-is-Better-than-Scissors<-I>-1990-Video-sur-moniteur-37-Courtesy-Igor-Krenz

Oskar-Dawicki-<i>Armageddon<-I>-2004-5-photos-60-x-70-cm-(chaque)-Courtesy-Raster-Varsovie

  
Par Caroline Pillet

Art is Power. Ainsi pourrait-on résumer l’exposition présentée à l’École des beaux-arts. Cette formule est le titre d’une vidéo de Jósef Robakowski qui présente des soldats en parade sur fond de musique rock très rythmée. Distance ironique, création d’absurde. Art is Power, donc, car l’art permet ce décalage critique nécessaire à toute investigation du réel.

Travailler la réalité au corps, en rendre les aspérités, les non-sens, les absurdités, le ridiule, la beauté aussi parfois, tel semble être le but que se sont fixés les vingt et un artistes présents dans cette exposition. Venus de Pologne, de République tchèque, de Croatie, etc., ces artistes, comme le titre de l’exposition le suggère, regardent par leurs fenêtres. Et sous leurs yeux défilent un monde, une vie, des gens, des situations et une société que peut-être seul l’art a la capacité de nous faire regarder.

Paradoxe ? Sans doute, car ce monde que nous voyons, nous aussi, le regardons-nous vraiment ? L’artiste, du haut de sa fenêtre, n’est plus un solitaire génial, un poète incompris, l’artiste est aujourd’hui devenu un lieu à lui seul, un territoire nomade qui participe au monde pour mieux en déchiffrer les problèmes.

Jiri Kovanda, artiste tchèque, en est un exemple. Pendant les années 1970, à Prague, il fait des actions discrètes dans la rue, actions qui ne se différencient quasiment pas de celles que nous pouvons faire nous-mêmes tous les jours. Par exemple, il décide de marcher dans la rue en frôlant tous les passants, de quitter une place en courant, de regarder le soleil jusqu’à en pleurer, etc. Ces actions simples, proches des théories de Alan Kaprow sur le happening — théories rassemblées dans son livre L’Art et la vie confondus — créent un espace particulier que d’aucuns ne verront pas.
Mais si discrètes soient-elles, elles perturbent imperceptiblement la rue et notre vision quotidienne qui devient regard.

Autre regard, autre territoire, celui de Zbigniew Libera avec ses Photoalbums. Cette œuvre est une série de simples albums de photos que l’on peut trouver dans toutes les familles. Cependant, à la place des traditionnelles photos de vacances ce sont des photos de magazines, de journaux que l’on peut regarder sans qu’aucune ne se distingue plus d’une autre.
C’est cette profusion de signes, de messages, de tranches de monde devenues malheureusement habituelles — les guerres, un roi qui se marie, un président en visite, de la pub pour des aspirateurs, etc. — que l’artiste nous met sans violence devant les yeux.

Chacun des artistes présents aborde le thème du rapport à la réalité que cela soit par la parodie, par la contestation provisoire ou par une conceptualisation minutieuse de son absurdité inhérente.
Igor Krenz, artiste polonais dont un grand nombre d’œuvres sont présentées, est sans aucun doute celui qui, dans cette exposition, a poussé l’absurdité le plus loin, sans jamais, pour autant, perdre la réalité.
Il filme de petites séquences, mises en scène dans son atelier avec quelques objets très rudimentaires. Ces saynètes sont assez courtes et simples a priori, comme par exemple Only the Left Side of the Screen Exists qui présente une bouteille suspendue à un fil. L’artiste prend la bouteille dans sa main, se place à notre droite avec elle, puis lâche la bouteille qui va s’écraser sur l’écran de gauche.
Cette œuvre, qui a l’apparence d’une farce, est bien plus profonde. On peut y trouver une réflexion sur l’art, et plus particulièrement sur la vidéo et l’illusion qu’elle peut véhiculer. Cette portion de réalité que l’on voit, cache une « mise en boîte » particulière et choisie de l’artiste ou du réalisateur. Le hors champ, qui échappe au spectateur, est ce qui détermine des choix subjectifs, artistiques ou bien politiques.
Ainsi, Igor Krenz travaille sur le rôle de l’artiste dont le territoire n’est pas neutre, pas seulement artistique mais souvent aussi politique, quelle que soit la forme que prenne son travail.

Au-delà de l’œuvre elle-même, le milieu de l’art aussi est politisé. Les galeries, les ministères, les subventions publiques et aujourd’hui bientôt les mécènes opèrent des choix qui tendent à définir une autorité, voire — même si le mot gêne par ses connotations totalitaires — un « art officiel ».
Cela Mladen Stilinovic l’a bien compris, qui nous accueille dans l’exposition avec ce texte mural immense affirmant « An artist who cannot speak english is no artist », tandis que la vidéo Portrait With a Curator du groupe Azarro traite avec humour des mécanismes du milieu de l’art.
Dans cette vidéo, les quatre artistes du groupe se filment dans des galeries au moment où passent ceux qui façonnent le paysage artistique : critiques, galeristes, conservateurs, etc. La vidéo s’arrête alors et un trait blanc rajouté au montage circonscrit la personne capturée et donne son nom.

Si l’artiste d’aujourd’hui doit être un bon produit rentable, un territoire plus poétique est encore disponible. C’est là que nous convie Krzysztof Wodiczko avec son Véhicule, un plateau à roulettes qui s’actionne lorsque l’on marche dessus d’avant en arrière.
Le véhicule étant « réservé à l’usage exclusif de l’artiste », celui-ci garde un espace personnel : espace poétique et matériel, symbolique et concret, physique et métaphysique — lieu nomade devenant la métaphore d’un art dont le territoire n’est pas circonscrit, mais ouvert, infini et complexe comme le réel.

Artiste(s )
Pawel Althamer, né en 1967, vit et travaille à Varsovie.
Azarro est composé de Oskar Dawicki né en 1971, de Lukasz Skapski né en 1958, qui vivent et travaillent à Cracovie, de Igor Krenz né en 1959 et de Wojtek Niedzielko, né en 1959, qui vivent et travaillent à Varsovie.
Aleksandar Battista Illic, né en 1965, vit et

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