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PHOTO | CRITIQUES
Fabrice Dubreuil, Véronique Ellena...
3 et 3 font…
08 juin - 31 juil. 2005
Pontault-Combault. Centre Photo Ile-de-France
Récemment invités en résidence au Centre photographique d’Ile-de-France, six artistes — Fabrice Dubreuil, Véronique Ellena, Awen Jones, Pascal Poulain, Sébastien Reuzé et Heidi Wood — ont bénéficié des outils informatiques de l’atelier de production. L’exposition 3 et 3 font nous présente leurs résultats.


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INFOS PRATIQUES

Awen-Jones-<i>Les-Petits-Papiers-Volet-2-Les-Cartes-de-sejour<-i>-2004-Tirage-Lambda-noir-et-blanc-Courtesy-CPIF-Pontault-Combault

Fabrice-Dubreuil-<i>Not-yet-titled<-i>-2004-2005-Tirage-numerique-Courtesy-CPIF-Pontault-Combault

Heidi-Wood-<i>Los-Angels-6<-i>-2004-Tirage-numerique-Courtesy-CPIF-Pontault-Combault

Awen-Jones-<i>Les-Petits-Papiers-Volet-1-Les-Sans-papiers<-i>-2004-Tirage-Lambda-couleur-et-papier-calque-Courtesy-CPIF-Pontault-Combault

  
Par Perin Emel Yavuz

Depuis 2003, le Centre photographique d’Ile-de-France (CPIF) organise un programme de résidence destiné à mettre à la disposition des artistes des outils informatiques spécifiques et une assistance technique. Depuis lors, six artistes — Fabrice Dubreuil, Véronique Ellena, Awen Jones, Pascal Poulain, Sébastien Reuzé et Heidi Wood — ont pu bénéficier de l’atelier de production et réaliser les projets que présente l’exposition 3 et 3 font...

Si l’usage de techniques numériques apparaît comme le dénominateur commun à ces travaux, il n’en restreint pas pour autant la diversité. Alors que la nature mécanique de la photographie a longtemps offert un argument contre sa faculté d’être un art. Autre époque, autre discours... La «technique», autrefois pointée du doigt et devenue entre temps «technologie», est désormais acceptée — et parfois même revendiquée — comme vecteur de créativité. Et l’usage du numérique, en son sein, passé le débat sur la manipulation des images propre aux médias, offre sans complexe à la créativité un champ infini des possibles dont 3 font 3... est un échantillon.

Toutefois, et le titre nous y invite, on peut relever deux groupes thématiques parmi les propositions exposées. Le premier réunit les travaux de Fabrice Dubreuil, Véronique Ellena et d’Awen Jones qui s’articulent autour du portrait. À nouveau, l’unité éclate. La singularité de chacune de ces trois propositions — voire quatre puisque Awen Jones expose deux séries de travaux - offre une approche multiforme de la question du portrait.
Dans la série Ceux qui ont la foi, Véronique Ellena met en scène des corps dans des poses relevant du rituel. Jouant sur la durée du temps de pose, elle les amène à cet instant où le corps, l’enveloppe, se fige, hiératique, où les yeux ne regardent plus et où le temps subjectif semble s’être totalement dissocié du temps réel. Temps de pose offerts à l’intériorité. Condensés d’êtres et marques d’une irréductible présence, ces portraits se placent pourtant sous le signe de l’absence, fruit paradoxal d’un temps dilaté.

Avec la série des Petits Papiers, Awen Jones s’applique, en revanche, à disloquer, dans une démarche résolument politique, l’identité des personnes qu’elle photographie.
Dans le premier volet, Les Cartes de séjour, en agrandissant à l’échelle du visage humain les photographies de cartes de séjour, elle déjoue le rôle d’identification qui leur est conféré. L’agrandissement et leur extraction offrent des portraits sans identité et sans intériorité. Preuve que ce genre de document n’a pas vocation à subjectiver les individus, juste à ordonner une masse. Et lorsqu’ils n’ont pas ces documents, les Sans-papiers, titre éponyme du second volet, perdent non seulement toute identité mais aussi toute visibilité.

Dans un dispositif symbolique, Awen Jones tente de représenter leur situation : elle retourne leurs portraits en pieds imprimés sur un papier ordinaire qui sont ensuite contrecollés sur un support papier épais. Le résultat est éloquent : les sans-papiers n’apparaissent plus que voilés sous la forme de silhouettes, sans visages. Ils sont là sans être là.

Alors que ces deux premières artistes travaillent sur un temps figé, Fabrice Dubreuil crée, en revanche, mouvement et stratification dans la définition du caractère. Relevant de l’autoportrait, Not Yet Titled se présente comme une banque d’images liées «par un fil invisible», celui du regard et de l’expérience de leur auteur. Déployées sur le mur, les pièces de ce puzzle offrent, à chaque exposition, une des lectures possibles de ces échantillons de mémoire. Des images qui se détachent sur un mur blanc se forme alors un cliché lacunaire et éphémère de l’expérience subjective passée mais aussi présente.

Les travaux de Pascal Poulain, de Sébastien Reuzé et de Heidi Wood se concentrent, quant à eux et de façon tout à fait singulières, sur le paysage urbain.
Sébastien Reuzé relève, dans cette série Le Périf, des paysages stratifiés. Fait du temps, la strate est l’élément constitutif de la ville dans sa forme la plus extrême. Juxtaposition d’architectures, superposition et entrecroisement des zones de transports, de commerce et d’habitation. Le périphérique parisien, en ce sens, illustre parfaitement l’outrance du phénomène de la stratification en milieu urbain, engendrée et habitée par les flux. C’est avec une prise de vue dans la durée que l’artiste les capte.
Traces lumineuses et effets de bougé des véhicules, comme autant de couches immatérielles, viennent ainsi se superposer au minéral. Si cette démarche s’inscrit dans une forme de captation fidèle de l’invisible réalité, celles de Pascal Poulain et de Heidi Wood glissent vers une forme de fiction.

Ainsi, Pascal Poulain propose une série de photographies de constructions contemporaines qu’il parvient à faire basculer dans le fantastique ou l’étrange. Choisissant des lieux banals qu’il décontextualise par le jeu des échelles et de la perspective, il crée ou plutôt - comme il le dit - «reformule» l’espace dans ses images. Mais, parce que celles-ci ne peuvent exister sans sa présence in situ, son travail ne peut se réduire à leur simple fabrication. Son travail relève, en effet, de l’intervention au sein de l’espace public. C’est de son expérience physique dans le lieu et du regard qu’il porte sur lui que naissent des images relevant non pas de la mise en scène mais de la mise en espace.

Enfin Heidi Wood associe photographie et peinture pour habiller les paysages urbains et diffuser sa propre production picturale. S’intéressant aux rapports qu’entretiennent les arts décos et la peinture abstraite, elle réalise des tableaux à l’esthétique du logo qu’elle insère, à la manière d’un Hubert Renard, dans les panneaux publicitaires de paysages réalistes.

Dans la série Los Angeles qu’elle a réalisée dans le

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