Par Audrey Norcia
réhabilite silencieusement la dimension humaine dans l’immensité de la frise.
L’image photographique donne alors une nouvelle épaisseur au récit sculpté et à l’effigie.
Les visages stéréotypés sont illuminés d’une vie nouvelle, la pierre vibre, les personnages s’animent : l’histoire se déroule comme une pellicule. Ici le travail photographique s’apparen
e au cinéma : un long travelling de la frise des archers, une suite de morceaux choisis, que notre regard doit monter.
Vous en conviendrez donc : la photographie ici ne se contente pas de restituer l’objet d’art, de le dupliquer, elle se réapproprie l’oeuvre pour la lire autrement; elle fait acte de création. Loin d’avoir été subtilisée par l’acte photographique, il semble que l’aura de ces oeuvres originelles ait été réveillée.
Christian Milovanoff nous apprend à lire dans le creux de la pierre ; c’est ce que suggère la photographie montrant des briques glaçurées et colorées de la frise des griffons : deux pans de briques sont séparés, le visiteur contemple son reflet dans cet interstice, et glisse dans cette faille temporelle. Un autre récit est possible.
L’Antiquité revêt aussi une dimension actuelle. En légende de chaque photographie : non pas un cartel, mais des coordonnées géographiques (latitude et longitude), indiquant le lieu exact de provenance des oeuvres. Coordonnées spatiales, et pays qui résonnent fortement : Iraq, Iran… Campagnes de fouilles archéologiques, campagnes militaires : le terrain est miné.
Des détails évoquent d’ailleurs discrètement et symboliquement l’allusion à la violence et à la guerre en général : le cri du lion maintenu captif par le héros-dompteur, les corps mutilés (pieds de Naram-Sin, jambes de la statue yéménite de bronze, prêtée au Louvre de mai à octobre 2007 par le Musée de Sanaa), ou encore le focus opéré sur les armes d’apparat.
Pour nous rappeler que la photographie est, comme la technique du bas-relief en son temps, une «technologie de pouvoir». Nous sommes confrontés à deux croyances en l’image. Fonctions apotropaïques des génies ailés, et des dompteurs de lion de ces bas-reliefs ; pouvoir magique de l’image.
La photographie nous renseigne des dangers potentiels de l’image… Elle nous dit aussi qu’il faut voir avec son temps : voir son temps à travers le Temps, voir contre son temps. Preuve en image.
Œuvre(s)Christian Milovanoff
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Génie tenant une fleur de pavot
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Archers 1
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Deux fonctionnaires 2
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Guerrier en armes deux fonctionnaires 1
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Griffons
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Naram-Sin
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Serviteur
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Héros maîtrisant un