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PHOTO | CRITIQUES
William Klein
William Klein
07 déc. 2005 - 20 févr. 2006
Paris. Centre Pompidou
L’élégance de la scénographie tranche avec le style brutal et noir dont William Klein a fait sa signature photographique. Le parcours qu’elle propose, dans une œuvre plus éditoriale et cinématographique que destinée aux cimaises des musées, suit une ligne claire et efficace, depuis les Abstractions des débuts jusqu’aux Contacts peints des dernières années.


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William-Klein-<em>Sainte-famille-agrave;-moto<-em>-Rome-1956-©-William-Klein

William-Klein-<em>Gun1<-em>-NY-1995-Couverture-du-livre-r-eacute;trospective-de-l-rsquo;exposition-Editions-Marval-et-Centre-Pompidou-2003-©-William-Klein

William-Klein-<em>Visages-blancs-+-l-rsquo;Op-eacute;ra<-em>-Paris-1963-Photo-pour-Vogue-©-William-Klein

  
Par Muriel Denet

Un couloir circulaire, rouge et noir, les couleurs fétiches de Klein graphiste, s’enroule autour du cœur de l’œuvre — les villes, et les livres que le photographe leur a consacré —, distribue trois salles thématiques, et débouche sur une place aux murs couverts des graffitis de l’artiste. La trajectoire est urbaine : Rome, Tokyo, Moscou, Paris, et pour commencer, bien sûr, New York, et le livre fondateur, dont le titre prodiait un slogan publicitaire et un titre accrocheur de la presse à scandale : Life is good and good for you in New York, William Klein Trance Witness Revels.

Les livres sont là, sous vitrine. Les pages contrastées et saturées défilent sur de petits écrans plasma, et quelques épreuves sous verre tentent de restituer un parfum d’époque. C’est un peu frustrant, mais pour William Klein, à l’instar d’un Walker Evans qui l’annonçait dès la fin des années vingt, l’image photographique n’est pas une fin, mais bien le matériau d’une œuvre plus vaste dont le support privilégié est le livre. On le sait William Klein en a bouleversé la mise en page traditionnelle par des montages complexes qui ont horreur du vide. Imbrication et variation des formats et des échelles orchestrent un âpre corps à corps avec la ville, dans une proximité pressée, exacerbée par le grand angulaire, et la noirceur brutale des tirages. Ces formes, radicalement novatrices en 1956, parlent de la violence des rapports sociaux, mais aussi de la condition urbaine modelée par l’omniprésence des médias, de la publicité, et du consumérisme triomphant. Cette tension entre plongée aveugle et froide distanciation, qui régit les foules urbaines, sous-tend tout le travail de Klein.

Ainsi les photos de mode. Peu enclin à l’artifice suranné de cet univers (par ailleurs brocardé avec humour dans Qui êtes-vous Polly Maggoo?), William Klein pose, dès le début des années soixante, ses mannequins déshumanisés dans les rues des métropoles. Entre effervescence urbaine et jeux de miroir aussi guindés que les tailleurs photographiés, la noirceur iconoclaste du photographe minent des mises en scènes sophistiquées en forme de collages quasi surréalistes.

Dans la salle la plus vaste, conçue comme une immense vitrine, deux grands panneaux muraux composés de tirages photographiques juxtaposés mêlent dans un joyeux désordre ces foules urbaines qui se côtoient dans l’ignorance, l’indifférence ou l’invective : manifestations sportives et concerts rocks, rassemblements pieux et Gay Pride, parades technos et obsèques de stars, etc. Avec leurs grandes photos centrales — L’Enterrement de Maurice Thorez d’un côté, un 1er mai moscovite de l’ère soviétique de l’autre —, ces deux fresques font aussi figure d’autels dressés aux illusions révolutionnaires à jamais enfuies. Un Américain politiquement peu correct ce William Klein. Ce que confirment, avec une vitalité décousue, les extraits de films, montés et projetés dans deux petits kiosques.

Corrosifs et loufoques, quand ils évoquent l’uniformisation des vies et des comportements par le consumérisme triomphant des années soixante (Le Couple témoin), cela devient grandguignolesque pour parodier et railler l’arrogance de l’once Sam, fer de lance autoproclamé du monde libre (Mr. Freedom). Dans les films à caractère documentaire, la caméra, comme l’appareil photo, est au plus près des corps et des visages ; immergée dans la foule, ballottée, elle ne lâche pas prise, elle capte des flux plus qu’elle ne montre ou démontre (Loin du Vietnam, Muhammad Ali, the Greatest, Grands soirs et petits matins).

Le parcours, revigorant, s’achève donc sur une place, avec allée et bancs, dont les murs sont intégralement couverts de quelques-uns des fameux Contacts peints, démesurément agrandis, qui fonctionnent ici comme des tags, des signatures apposées par l’artiste aux cimaises du Centre Pompidou. Est-ce la démesure? L’aspect glacé des parois? Une distance s’instaure à rebours des photographies. Mais il s’agit ici encore d’un échantillonnage. Cette rétrospective offre des aperçus sur l’œuvre, fonctionne comme une vitrine, comme une invitation à aller voir livres et films. L’œuvre fait ainsi naturellement retour dans le circuit de la consommation, dont elle s’est abondamment nourrie, jusqu’à un absurde salutaire.

Œuvre(s)
Abstractions/signes
Panneaux graphiques tournants, 1953.
Panneaux graphiques, 1953. Épreuves contrecollées sur bois.
Panneaux graphiques tournants, 1953. Peintures sur bois.
Broadway by Light, 1958. Film couleur. 14 min.

Cinéma
Montages d’extraits des films : — Qui êtes-vous Polly Maggoo?, 1966.
Loin du Vietnam, 1967.
Muhammad Ali, 1969.


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