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PHOTO | CRITIQUES
Véronique Ellena
Véronique Ellena
29 avr. - 12 juin 2004
Paris. Galerie Alain Gutharc
Si elle ne connaît ses modèles anonymes "ni d’Eve ni d’Adam", l’artiste les photographie pour tenter avec patience et empathie de percer leur mystère, leur regard vague ou leur attitude prostrée, afin de susciter une suspension du temps, entre plongée dans le moi intime et ouverture au monde.


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Par Clémentine Aubry

La foi est, pour Véronique Ellena, "ce qui permet aux gens de se tenir debout, voire de s’élever". Quel est donc le rapport entre la foi et les sept portraits en couleur grand format "Sans titre" qu’elle présente?

En effet, les personnages photographiés, un jeune garçon et sa grand mère assis sur un banc tenant une lanterne de papier, un adolescent en survêtement et baskets assis en tailleur, mains jontes et tête baissée, un vieil homme indien assis devant un bâtiment, etc., sont volontairement présentés hors contexte.

La plupart des images ont été prises à Lourdes ou dans d’autres rassemblements et lieux religieux. Mais l’intérêt du travail se situe autant dans le résultat visuel, que dans la démarche adoptée.
Dans ces lieux de ferveur et de recueillement, Véronique Ellena tente de surprendre une activité de prière et plus largement des postures signalant un travail d’introspection.
L’approche reste discrète, respectueuse de l’intimité de l’autre. Véronique Ellena attend que la personne soit à nouveau disponible à ce qui l’entoure pour lui demander de reproduire son geste ou sa prière, afin de la photographier.

Dans le portrait en buste de cet homme en tricot de peau, les avant-bras rougis par le soleil, une main bandée et le regard baissé, perdu dans le vague, rien n’indique qu’il s’agit d’un coureur cycliste qui vient de tomber, et à qui Véronique Ellena demande de se remémorer sa chute.

Ses modèles adoptent d’autant plus facilement une posture de recueillement que l’artiste utilise une chambre qui demande de longs temps de pose et une coopération du modèle. Une sorte de suspension du temps doit s’opérer : les sujets se tiennent alors entre le dedans et le dehors, à la fois ouverts au monde et plongés en eux-mêmes, et ne doivent plus avoir conscience d’être photographiés.

Enfin, ces images veulent montrer la religion de façon positive : comme une ouverture au monde, une voie pour mieux vivre dans la générosité et l’écoute, et non pas comme une doctrine obscurantiste et sectaire. La foi dépasse ici son acception religieuse pour l’élargir vers à la ferveur, la croyance, et même le dévouement.
Les cyclistes, les visiteurs de supermarchés ou les acteurs du dimanche, qui faisaient l’objet des séries précédentes, étaient également considérés du point de vue de la foi, car Véronique Ellena les considère tous comme "dotés de grâce"…

Son travail, préoccupé à rendre visible la foi qui est toujours intime et abstraite, va désormais s’orienter vers les métiers dont la raison d’être repose sur une foi ou un engagement particulier, tels que les pompiers ou les infirmières.

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