Par Alexia Eychenne
Personne ne veut parler d’argent. Dire combien on gagne ? Ca ne se fait pas, tout simplement. Comme si l’argent n’était nulle part, alors qu’il semble être partout. Et inversement. Voilà ce que révèle, dans la deuxième salle de l’exposition «L’Argent», une vidéo qui interroge les quidams sur leur relation à la richesse. Derrière les tabous et les fausses pudeurs, apparaissent, sous
le regard des artistes, les petites mesquineries de tout un chacun, dès qu’il s’agit de compter ses sous.
Dans Slapstick # 1, Matthieu Laurette croque aussi avec malice le rapport faussement indifférent des classes aisées à l’argent. Le réalisateur laisse tomber un billet de cinq euros sous une toile de Yves Klein au centre Pompidou. Puis filme la réaction des visiteurs, qui finissent par le glisser discrètement dans leur poche.
Après tout, ne dit-on pas que l’argent trouvé n’a pas de maître ? Tout au long du parcours chronologique et thématique de l’exposition, les artistes questionnent les comportements humains et renvoient le public à une contradiction : l’argent est roi, mais les valets que nous sommes ne demandons pas mieux que de l’honorer.
Entre champagne et robes de soirée (Philippe Cazal), l’argent s’incarne aussi dans des objets, des codes et des rites. Sur les clichés de la première salle, les hommes tombent dans les bras de femmes très chics, dont la réussite sociale est clairement visible. Car même si les sommes brassées sur les places financières semblent de moins en moins matérielles, la richesse a toujours ses manifestations sociales et physiques.
Aux artistes de décoder les symboles : de la carte bleue, véritable mythe contemporain et précieux sésame dans l’accès à la consommation, aux mallettes débordant de billets verts.
Toujours tabou, l’argent n’en obsède pas moins les pensées et les sens des visiteurs. Réputé sans odeur, il a en tout cas des formes, des couleurs et des sonorités bien reconnaissables, sur lesquels les artistes jouent, jusqu’à prendre l’argent comme objet esthétique.
Les couleurs attrayantes des coupures en euros, les aléas de la bourse comme autant de courbes sinueuses à déchiffrer, sont les sources d’inspiration des œuvres plastiques.
Quant aux gestes de l’argent, ces billets pliés, froissés, caressés, ils se révèlent d’une sensualité insoupçonnée, sous le regard de la photographe Suzanne Lafont.
Les artistes n’oublient pas non plus que l’art fait partie intégrante du capitalisme financier. Dès l’accueil, le visiteur apprend que Le
Baiser de l’artiste (Orlan, 2007) se monnaye cinq francs. Car comme le résume, sur une toile, un doux euphémisme, l’artiste qui crée doit aussi «tirer de l’opération des avantages pécuniaires». En proclamant que «l’art ne fait pas crédit», les auteurs multiplient les clins d’œil et montrent qu’ils ne sont pas dupes.
Dans une époque où l’obsession de la rentabilité est omniprésente, l’art se consomme aussi. D’autant qu’interroger les liens entre art et argent n’a rien de saugrenu : les billets à l’effigie de tel ou tel peintre et les contrats de mécénat en vitrine de la salle 1 sont là pour le rappeler.
Mais la lucidité n’exclut pas la critique. La salle vidéo dresse deux constats cinglants. Dans le film
Rebels of the Dance de Fikret Atay, des enfants kurdes chantent face à un distributeur automatique. De l’argent à foison, qui reste inaccessible. L’argent ne peut d’ailleurs pas tout, l’actrice du film de Tracey Emin en fait les frais et son sort a valeur de morale : ce n’est pas la poignée de dollars piqués sur sa robe qui l’aidera à survivre dans un désert hostile, où la mort et les rapaces rôdent.
Œuvre(s)Martine Trittoleno et Stéphane Werner
Good business is art !. Une enquête au cœur du marché mondial de l’art (en cours de développement)
Teaser. 4 min 30 sec. Production : Novaprod owl. Diffusion prévue sur Arte.
Ben Kinmont
I need you Archive, 1991-1992. Technique mixte. Dimensions variables.
Biennale de Paris
T-Shirts et catalogues.
Joana Vasconcelos
Une direction, 2003. Acier inox et cheveux synthétiques. Dimensions variables.
Bertrand Lavier
Golden Brot, 1983. Liquitex, verre, aluminium, néon. 185 x 90 x 35 cm
Seth Siegelaub
Contrat pour la préservation des droits de l’artiste sur toute œuvre cédée, 1971. Impression sur papier. Fermé : 29,6 x 21 cm - Ouvert : 59,2 x 42 cm
General Idea
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/ File /, Special Success, 1981. Magazine. 35,7 x 27,3 cm
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Copyright (Leather and denim) #1, 1987. Cuir sur toile de jean, rivets en