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PHOTO | CRITIQUES
Paul Graham
American Night
09 sept. - 28 oct. 2006
Paris. Galerie Les filles du calvaire
Sous la verrière lumineuse de la galerie Les Filles-du-Calvaire, on découvre quinze photographies de très grand format (189 x 239 cm) de l’artiste britannique Paul Graham, qui est exposé en France pour la première fois depuis dix ans. Les images font partie de sa série récente «American Night» (1998-2003) qui jette un regard critique sur la fracture sociale aux Etats-Unis .


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Paul-Graham-<em>Untitled-40-(New-York)-<-em>-s-eacute;rie-laquo;-American-Night-raquo;-2001-Lightjet-Endura-c-print-189-x-239-cm-Courtesy-galerie-Les-Filles-du-Calvaire-Paris

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Paul-Graham-<em>Untitled-49-(Atlanta)-<-em>-s-eacute;rie-laquo;-American-Night-raquo;-2002-Lightjet-Endura-c-print-189-x-239-cm-Courtesy-galerie-Les-Filles-du-Calvaire-Paris

Paul-Graham-<em>Untitled-7-(California)-<-em>-s-eacute;rie-laquo;-American-Night-raquo;-2002-Lightjet-Endura-c-print-189-x-239-cm-Courtesy-galerie-Les-Filles-du-Calvaire-Paris

  
Par Nicola Marian Taylor

Contrairement à ce que peut suggérer le titre de la série, les photographies ont été prises de jour. Elles révèlent deux Amériques, deux mondes en opposition, dans l’esprit de la critique sociale qui préside à l’ensemble de l’œuvre de Graham depuis les années 1980. On connaît ses travaux sur l’Irlande du nord (Troubled Land, 1984-1986), et sur la «Nouvelle Europe»(New Europe, 1988-1992) marquées par des difficultés politiques et économiques.

Dans American Night, Paul Graham se fixe sur les réalités sociales d’outre atlantique, relevant des détails apparemment insignifiants de la vie quotidienne, mais qu’il transforme en puissante parabole visuelle par le truchement de la juxtaposition des images.

La prise de vue frontale d’une maison luxueuse dans une banlieue californienne est accrochée d’un côté de la salle. Le gazon, bien vert, est parfaitement tondu. Une grosse voiture est garée devant la porte du garage dans l’allée impeccablement propre. Derrière la maison, on aperçoit une perspective plongeante sur une vallée arborée, la ville paraît très loin. Le ciel est d’un bleu profond comme dans un livre pour enfants.
Il n’y a, pour ainsi dire, aucun nuage dans le ciel... L’image dégage une monumentalité sereine, une confiance inébranlable dans le présent et dans l’avenir. Un témoignage du rêve californien.

De l’autre côté de la salle, trois portraits sublimes de noirs Américains dans les rues de New York ramènent à une autre réalité: la solitude et la pauvreté dans le milieu urbain. Ici, déambulent les perdants du grand jeu de la vie. Un homme en fauteuil roulant se couvre le visage d’un geste protecteur contre on ne sait quelle agression.
Une jeune femme attend de traverser un carrefour quelconque dans un quartier défavorisé de New York. Pendant une fraction d’une seconde, le soleil couchant illumine son visage et le berce dans une douceur éphémère en contraste avec le contexte urbain qui l’entoure.

Le troisième portrait montre un homme d’une cinquantaine d’années assis, au regard lointain et pensif. Sur sa tête, il porte une casquette sur laquelle on lit «champion». Alors que ce n’est pas lui le gagnant…
Des figures solitaires que l’objectif du photographe détache du milieu inhospitalier pour donner un visage aux dures réalités des masses anonymes vivant en périphérie du grand rêve américain.

Paul Graham complète la série à travers une troisième approche pour présenter des paysages urbains de quartiers populaires à travers les Etats-Unis: Detroit, Memphis, Atlanta, Los Angeles.
Ici, parkings, voitures, magasins, grillages, panneaux publicitaires et éclairages de rue apparaissent faiblement dans des images blanchâtres. Les éléments sont comme voilés par un brouillard épais, comme immergés dans une matière laiteuse difficilement pénétrable et les personnes qui y figurent déambulent sans occupation ni but visible, comme des fantômes en errance.
Graham joue ainsi avec la perception: on est obligé de plisser les yeux et de se concentrer pour déceler ces éléments urbains insignifiants auxquels on prête rarement attention dans la vie de tous les jours. L’engagement avec le monde réel passe donc par la dissimulation de ce dernier, un jeu de cache-cache qui sert à mieux révéler les vérités profondes d’une société clivée. «Tout a été photographié, de chaque façon possible et la négation de la vue est le seul progrès que la photographie puisse faire» (Val Williams).

Graham tire son inspiration du roman L’Aveuglement (Blindness, 1998) de l’écrivain portugais José Saramago, dans lequel un pays entier est victime d’une maladie mystérieuse qui rend les gens aveugles d’une manière très particulière: ils aperçoivent tout en blanc. Ainsi, dans American Night, Paul Graham oblige le spectateur à dépasser son «aveuglement» afin de faire face à la véritable réalité.

Traducciòn española : Santiago Borja.
English translation : Laura Hunt.

Œuvre(s)
Paul Graham
Untitled #20 (Memphis), série «American Night». 2000. Lightjet Endura c-print. 189 x 239 cm.
Untitled #30 (California), série «American Night». 2002. Lightjet Endura c-print. 189 x 239 cm.
Untitled #12, série «American Night». 2002. Lightjet Endura c-print. 189 x 239 cm.
Untitled #7 (California) , série «American Night». 2002. Lightjet Endura c-print. 189 x 239 cm.
Untitled #14, série «American Night». 2002. Lightjet Endura c-print. 189 x 239 cm.
Untitled #49 (Atlanta) , série «American Night». 2002. Lightjet Endura c-print. 189 x 239 cm.

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