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PHOTO | CRITIQUES
Patti Smith
Land 250
28 mars - 22 juin 2008
Paris. Fondation Cartier
Dans la rétrospective que lui consacre la Fondation Cartier, Patti Smith met en scène son univers intime à travers d’installations de polaroids, de dessins et de projections. Entre énergie punk et classicisme, elle propose une exposition généreuse et sincère.


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Par Aurélie Romanacce

Cette importante rétrospective retrace les différentes pratiques artistiques de Patti Smith de 1967 à 2007. Sa voix retentit à différents endroits par le biais des chansons et des poèmes diffusés par les vidéos projetées sur écrans. La proximité avec l’artiste est favorisée par la reconstitution de son salon personnel, où l’on peut librement s’installer.



Land 250
est le nom de l’appareil photo dont se sert Patti Smith depuis 1995, après la mort de son mari. Ce vieux Polaroid l’a séduite pour l’immédiateté qu’il permettait alors face aux «processus longs et compliqués du dessin, de la musique et de la poésie».

Les polaroids en noir et blanc, exposés dans des vitrines ou sur des étagères à peine éclairées, retiennent davantage pour leur motif que pour le travail formel. Pleines de nostalgie, les images témoignent d’une atmosphère romantique, presque gothique. Le regard de Patti Smith aime s’attarder sur des statues, religieuses ou non, rencontrées au cours de ses voyages, mais aussi sur des objets qui ont appartenu à des artistes qu’elle admire comme un lit de Virginia Woolf, des pantoufles de son ami Robert Mapplethorpe, ou la machine à écrire d’Herman Hesse.

Les dessins «filandreux» et expressifs se rapprochent de la démarche punk-rock de la musicienne. Patti Smith dessine à coups de lignes, de façon brusque et violente. Les mots s’enroulent au creux des lignes ou sur les marges de la feuille. Les traits viennent frapper l’espace blanc du support dans des giclures de crayons de couleur avec une véhémence enfantine.
Des personnages apparaissent maladroits et labiles, comme ce couple se tenant par la main, avec les pieds décollés du sol. Patti Smith se sert du dessin pour créer son propre alphabet, et crée sur le mode de la performance. Les traces de crayon maculent la feuille comme des fluides corporels, des traces de vie déposées par l’art.

Des documents qui lui sont chers — des lettres, des livres, ou une photographie prise par Brancusi — dévoilent la passion de Patti Smith pour la culture française, en particulier pour les poètes et écrivains Arthur Rimbaud, Jean Genet ou René Daumal.
C’est ailleurs à Paris, lors de ses séjours réguliers, que Patti Smith a réalisé de nombreux dessins et pris un grand nombre de ses photographies.

La dernière installation, The Coral Sea, est un film court que lui a commandé la Fondation Cartier. Il est projeté dans une alcôve mortuaire aux rideaux pourpres. Sur deux écrans qui se répondent, l’un vertical, l’autre placé à l’horizontale, un bateau navigue au loin sur une mer agitée, tandis que la voix de Patti Smith qui déclame avec lenteur un poème sur des accords de guitare dissonants de Kevin Shields.
Autour, des symboles de la vie du Christ, comme la couronne d’épines ou un détail de la Cène de Léonard de Vinci, côtoient des photographies d’objets ayant appartenu à Robert Mapplethorpe. Patti Smith exprime ainsi sa proximité vis-à-vis de la religion chrétienne, et la force de ses sentiments pour son ami mort du sida.

Cette rétrospective qui révèle, sous la forme du journal intime ; la variété des travaux de Patti  Smith et son attachement à l’art en ce qu’il nous apprend à être au monde.

Œuvre(s)
Jem Cohen, Patti Smith
The Coral sea, 2008. Installation. Performance enregistrée live Royal Festival Hall, Londres, 2006. 16 mm, 62’.

Patti Smith
Land 250, Fondation Cartier, Paris, 2008.
Trois. Charleville, statues, cahier, Actes Sud, Paris, 2008.
Présages d’innocence, Christian Bourgois, Paris, 2007.
Babel, Christian Bourgois, Paris, 1997.

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