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PHOTO | CRITIQUES
Nigel Rolfe
Between the Devil and the Deep Blue Sea
23 mars - 12 mai 2002
Paris. Galerie Polaris
Nigel Rolfe présente ses premières photos numériques. A l’inverse de toute facture glacée et sans bavure, les tirages présentés sont travaillés pour donner une impression d’amateurisme. Comme il existe une bad painting, il y a désormais des bad videos et des bad photos. Avec pour but de dissimuler, de cacher, d’omettre, les sujets et les objets photographiés.


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Par Pierre-Evariste Douaire

Nigel Rolfe présente ses premières photos numériques. Une attention particulière est nécessaire pour découvrir et accéder à ces images. Contre toute attente ce travail numérique donne un rendu grossier et flou. A l’inverse de toute facture glacée et sans bavure, les tirages présentés sont travaillés pour donner une impression d’amateurisme. Comme il existe une bad painting, il y a d&eaute;sormais des bad videos et des bad photos. Ce traitement de l’image a pour but de dissimuler, de cacher, d’omettre, les sujets et les objets photographiés.

Malgré toute l’attention nécessaire, le spectateur peut rester perplexe quant au résultat. Principalement autobiographique Between the Devil and the Deep Blue Sea est une exposition sur le masque et la mystification. Prolongeant son travail sur l’autoportrait, Nigel Rolfe multiplie l’indiciel au risque de perdre le spectateur dans les détails. A travers un cadrage très serré, la perte des repères devient la règle dans les différentes compositions. Difficilement déchiffrable les différentes images se juxtaposent comme un patchwork écranique coloré. Les figures se croisent, les compositions se tournent et se font face. Le flou préside et donne le ton général à l’ensemble. Cette esthétique du mal fait, de l’erreur maquille une recherche sur le portrait. Cette expérience de l’inversion située entre le masque de carnaval et l’écran de fumée saturé de couleur nécessite un regard exigeant.

Il faut rester longtemps devant les diptyques pour pouvoir trouver un sens qui dépasse la première impression formelle. Pour aller plus loin que la simple explosion abstraite de couleur rouge et jaune, une des tonalités dominante de l’exposition, il faut prendre son temps pour arriver à découvrir ce qui a été photographié. Un certain nombre d’artifices du grime sont développés comme un masque de carnaval, de hockey. Il faut ajouter à ces loups le propre visage de l’artiste.

Après avoir visualisé ces images, après avoir digéré ces références à l’histoire de l’art (Ensor) à l’histoire du cinéma (Massacre à la tronçonneuse et Scream) le propos de Rolfe peut être compris de manière différente selon les publics. Il peut être compris mais surtout apprécié différemment. On peut reprocher à l’artiste irlandais de rester justement à la lisière des choses, de se limiter à leur simple évocation.

Ce travail sur l’image, sa complication autant que sa complexité, peut se révéler vain et passablement limité. A force d’hachurer et de saturer l’image une perte d’intérêt peut se produire. A force de vouloir forcer l’écran des choses et des êtres, on se heurte à une incompréhension qui se révèle être le versant d’un stylisme machinique. Malgré le titre qui promet l’abîme, le spectateur peut se sentir floué de n’être pas allé plus loin que la surface des choses. 

Œuvre(s)
Nigel Rolfe :
- 10 photographies, 2002. 80 x 60 cm.

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