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PHOTO | CRITIQUES
Michel Journiac
Les Icônes du temps présent
24 avr. - 31 mai 2008
Paris. Galerie Patricia Dorfmann
Figure emblématique de l’art corporel ou Body Art, Michel Journiac pense le corps «comme une viande consciente socialisée». Une œuvre de sang, d’os et de chair où l’art, devenu acte, milite pour une société plus libre, plus juste, plus tolérante.


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Michel-Journiac-<em>-Ic-ocirc;ne-du-temps-pr-eacute;sent-ndash;-Jean-Gen-ecirc;t<-em>-1988-Photographie-N-amp;B-sur-toile-or-et-sang-30-x-40-cm<br->
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-nbsp;-Courtesy-Galerie-Patricia-Dorfmann-©-Michel-Journiac

Michel-Journiac-<em>24h-dans-la-vie-d-rsquo;une-femme-ordinaire-ndash;-R-eacute;alit-eacute;-la-lessive<-em>-1974-Photographie-N-amp;B-51-x-54-cm-Courtesy-Galerie-Patricia-Dorfmann-©-Michel-Journiac

Michel-Journiac-<em>Rituel-de-transmutation-ndash;-Marquage-action-de-corps-exclu-<-em>-1983-Photographie-couleur-80-x-107-cm<br->
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-nbsp;-Courtesy-Galerie-Patricia-Dorfmann-©-Michel-Journiac

Michel-Journiac-<em>-Les-Fantasmes-l-rsquo;enl-egrave;vement<-em>-1974-Photographie-originale-N-amp;B-50-x-40-cm-Courtesy-Galerie-Patricia-Dorfmann-©-Michel-Journiac

  
Par Céline Piettre

Michel Journiac est mort depuis 1995. Mais son œuvre palpite encore de présence, d’ironie portée en acte, dans l’espace intime de la galerie Patricia Dorfmann. Et pas seulement parce que son sang se mêle à l’or des précieuses et provocantes Icônes du temps présent, série peinte à partir de magazines pornographiques ou de photographies de célébrités — Artaud, Monroe, Dean. Ce qi rend l’oeuvre de Michel Journiac vivante, vibrante, d’une actualité féroce, c’est la vérité qu’elle délivre et souffle sur nous tel un vent de libération, au cynisme bienfaiteur.

Invités dès l’entrée dans les 24 heures d’une femme ordinaire, feuilleton photographique de 1974 où l’artiste endosse le rôle — et les atours — d’une ménagère occupée à ses activités quotidiennes (cuisine, achat de tampons, attente de l’époux), nous sommes directement confrontés à l’univers critique de Michel Journiac, à la portée sociale de l’œuvre.  Une série emblème, composée de 44 clichés à l’origine, où l’on retrouve son goût pour la théâtralisation des poses dans une veine parodique, pour le travestissement et la redéfinition des identités sexuelles.
Le rythme de l’action, lent, monocorde, est celui d’un quotidien sclérosant construit sur de rituels sociaux qui asservissent les femmes et aliènent les hommes. L’écrasante puissance du banal jusque dans les fantasmes de midinettes de l’épouse, déguisée en star, en reine, tombée dans les bras d’un play-boy. Désirs anodins et contradictoires, qui déclinent tous les stéréotypes féminins : mère, bonne sœur, prostituée, féministe, lesbienne — détentrices, enfin, d’une part du pouvoir dévolu aux mâles.
Un moyen aussi pour Michel Journiac de vivre la voluptueuse expérience d’être la femme d’un homme, lui, l’ancien séminariste homosexuel, victime d’une société homophobe et normative, résolument sectaire. 

Depuis sa Messe pour un corps, performance manifeste de 1969, l’artiste use du champ lexical du sacré, du vocabulaire stylistique de l’art religieux pour lutter contre les dogmatismes sociaux. Dans l’exposition, l’or des Icônes, l’aspect reliquaire du Rituel pour un mort, la forme traditionnelle du tondo — tableau sphérique qui renvoie à l’idée de perfection — dénoncent les idoles du temps présent : confort domestique, argent, conformité sociale.

En 1993, le Rituel de transmutation du corps souffrant au corps transfiguré, dont on peut voir ici deux des douze étapes constitutives, s’inscrit dans le contexte du procès du sang contaminé et expose le visage morbide d’un capitalisme sans scrupule, qui se joue des vies humaines dans un Jeu d’échec de l’art et de la mort.
Et quant à la transfiguration promise, il ne s’agit pas d’une métamorphose corporelle révélant, comme dans la tradition chrétienne, la nature divine du christ, mais la fin d’une situation d’exclusion sociale. Ainsi en est-il du Marquage de 1983, dont la forme fait référence à l’odieux triangle rose stigmatisant les homosexuels dans les camps de concentration et qui, réutilisé comme symbole de l’épidémie du sida dans les années 80, devient un moyen de revendication sociale et le signe d’une marginalité assumée pour la communauté gay.

Car le travail de Michel Journiac, dans ses fondements sociologiques, en appelle à l’individuation — et non à l’individualisme! — comme processus de libération du Soi permettant à l’homme de devenir lui-même, si l’on en croit le fondateur du concept, le psychanalyste Carl Gustav Jung.

Ainsi, le corps, perçu comme un espace de désir, de plaisir, de souffrance et de mort, libère et critique l’ordre établi. Il devient le matériau d’une remise en cause de la société par l’art, faisant de Michel Journiac un intellectuel qui s’exprime au-delà de la parole, un philosophe en acte. Ses œuvres parlent d’une époque passée mais qui survit encore aujourd’hui, dans ses tendances à l’ostracisme, au conformisme, au consumérisme...

Il nous reste juste à espérer que les deux prochains volets de cette «rétrospective» inattendue, prévus à la galerie Patricia Dorfmann dans l’année à venir, complèteront le portrait de cet artiste, descendant spirituel de Michel Foucault et de Guy Debord.

Œuvre(s)
Michel Journiac
Icône du temps présent – Jean Genêt, 1988. Photographie N&B sur toile, or et sang. 30 x 40 cm.
Icône du temps présent 1, 1988. Photographie N&B sur toile, or et sang. 92 x 73 cm.
Icône du temps

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