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PHOTO | CRITIQUES
Michael Snow
Michael Snow, Powers of Two
28 oct. - 16 déc. 2006
Paris. Galerie Martine Aboucaya
C’est avant tout comme cinéaste que Michael Snow s’est fait connaître dans les années 1960. La perception, la distance et le temps sont au cœur des objets et dispositifs exposés.


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Michael-Snow-<i>Line-Drawing-with-Synapse<-i>-2003-2-photographies-electro-luminescentes-fils-electriques-transformateur-pinces-76-x-61-x-1-cm-Courtesy-galerie-Martine-Aboucaya-Paris

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Michael-Snow-<i>Engraving-Jim-(Male-Heir)<-I>-2003-2-photographies-noir-et-blanc-plastifiees-213-x-107-cm-Courtesy-galerie-Martine-Aboucaya-Paris

Michael-Snow-<i>Powers-of-Two<-i>-2003-4-photographies-transparentes-259-x-122-cm-chaque-Courtesy-galerie-Martine-Aboucaya-Paris

  
par Anne Malherbe

La transparence en l’une des composantes des œuvres présentées. Un homme en pied, photographié en noir et blanc à échelle humaine, révèle la pilosité dense de son corps nu, dans Engraving Jim (Male Heir) (2003). En fait, deux photographies transparentes sont accolées, qui laissent voir l’homme de face comme de dos. Dans l’inframince des deux feuilles, tient le volume de l’imposant personnage, à la fois repoussant et inconsistant.
Dans Powers of Two (003), la transparence des quatre photographies qui constituent l’image évite d’interpréter celle-ci comme la reproduction d’une scène, mais incitent à la considérer comme une composition. Un couple, allongé sur un lit, s’enlace, tandis que la femme, absente à la scène, jette une œillade vers le spectateur. Nulle relation ne s’établit donc entre l’image et un réel qui la précèderait, mais un lien se crée en revanche entre l’image et la subjectivité du regardeur.

Une sorte d’appareil stroboscopique, placé devant deux polaroïds où l’on peut voir une jeune femme lascive (Stereo, 1982), excite le voyeurisme. Mais lorsqu’on porte son regard dans l’appareil, on ne voit rien d’autre que ce que l’on voyait à l’œil nu : l’appareil est factice. Au spectateur, et à lui seul, de tendre son attention vers ce qu’il voit et de projeter ses fantasmes, sans qu’un appareil l’aide artificieusement. La mise à distance déceptive entre le spectateur et l’œuvre, qui réduit l’image à ce qu’elle est et n’offre au voyeurisme aucune ouverture, est un autre ressort des travaux exposés.
C’est ainsi celui qui préside La Revue (1986-2006). L’artiste a photographié les photographies de John Coplans montrant le mannequin Camin O’Connor publiées dans Penthouse Magazine en 1982. Les photographies des photographies, publiées une première fois en 1986, sont aujourd’hui enfermées dans un encadrement qui les présentent tels des objets. On ne voit plus ce que voyait le lecteur de 1982, mais une image floue et fuyante, inaccessible.

Que voit le regard ? C’est la question que pose Le Jugement de Paris and/or State of the Arts (2003). Trois jeunes femmes nous tournent le dos, elles sont nues. Le titre suggère que ce sont là les trois déesses entre lesquelles a dû choisir Paris. Mais, au lieu qu’elles soient objet de contemplation, ce sont elles qui contemplent un tableau de Cézanne.
Que se passe-t-il entre leur regard et le tableau : qui regarde qui ? Nous ne saurons rien du lien qui se tisse entre les deux et qui semble être le sujet principal de l’œuvre, comme son interrogation. En même temps, la photographie unique, tirée sur tissu, se présente elle-même comme le substitut d’un tableau, rendant davantage insaisissable l’énigme de la représentation.

Œuvre(s)
Sshtoorrty, 2005. Vidéo projection, couleur, son, boucle DVD. 3 mn.
Stereo, 1982. 2 photographies Polaroid couleur plastique noir, carton, boîte en plexiglass. 33 x 39,5 x 30 cm.
Engraving Jim (Male Heir), 2003. 2 photographies noir et blanc plastifiées. 213 x 107 cm.
Powers of Two, 2003. 4 photographies transparentes. 259 x 122 cm chaque.
Paris de Jugement Le and/or State of the Arts, 2003. Photographie couleur sur toile tendue sur chassis. 183 x 193 x 8 cm.
Line Drawing with Synapse, 2003. 2 photographies électro-luminescentes, fils électriques, transformateur, pinces. 76 x 61 x 1 cm.

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