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PHOTO | CRITIQUES
Matthew Day Jackson, Marc Ganzglass...
Americans in New York
24 nov. 2007 - 12 janv. 2008
Paris. Galerie Michel Rein
«Americans in New York» : cinq jeunes artistes vivant tous à New York, aucun n’y étant né, ou comment créer à New York, c’est jeter un regard paradoxal sur l’Amérique, à la fois distancié et profondément investi dans l’interprétation de ses mécanismes.


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Laurel-Nakadate-<em>Untitled-Pretty-Baby-(Red-Tights)<-em>-2006-<br->
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Mika-Rottenberg-<em>Pocono-Party-1<-em>-2007-c-print-95-3-x-127-cm-ed-Courtesy-Galerie-Michel-Rein-Mika-Rottenberg

Marc-Ganzglass-<em>Both-Sides-Now<-em>-2007-Installation-including-poster-LP-video-work-photograph-Courtesy-Galerie-Michel-Rein-Marc-Ganzglass

Matthew-Day-Jackson-<em>Hubble-Space-Telescope<-em>-2006-<br->
Poster-archival-mounted-to-paper-to-needlepoint-fabric-<br->
mounted-to-museum-board-67-31-x-97-15-cm-Courtesy-Galerie-Michel-Rein-Matthew-Day-Jackson

  
Par Emmanuel Posnic

Que New York ait pris le leadership de l’art contemporain est une chose entendue depuis le début du XXe siècle.
Ce qui est plus frappant, c’est qu’elle le maintienne et n’entrevoie pas de concurrence. En dépit de la mondialisation, en dépit des conflits régionaux qui ébranlent et font plier l’hégémonie américaine. En dépit du 11 septembre.
New York capte toujours autant les énergies créatives. Certainement parce que la ville alimente encore le fantasme de la ville-monde. Certainement aussi parce qu’elle n’est pas l’Amérique.

Michel Rein revient sur cette situation en compagnie d’Ami Barak dans une exposition intitulée sobrement «Americans in New York». Cinq jeunes trentenaires, tous vivant à New York, aucun n’y étant né, c’est la ville qui continue d’absorber la vivacité artistique d’un pays, voire d’un continent si ce n’est plus.
«Elle est sans conteste le nombril de l’art contemporain» note Barak. Pourtant aucun des artistes de l’exposition ne versent dans la fascination pour la ville. Au contraire, et c’est là la subtilité du commissariat : créer à New York, c’est jeter un regard paradoxal sur l’Amérique, à la fois distancié (ce que permet la situation new-yorkaise) et profondément investi dans l’interprétation de ses mécanismes.

Avec Mika Rottenberg, la distanciation admet la caricature. Ses photographies puisent dans le registre fantasmagorique et dans l’inusable répertoire que forme le cinéma américain alternatif, depuis le Freaks de Todd Browning, les films érotico-fantastiques de Russ Meyer jusqu’au mille-feuilles narratif d’un David Lynch. L’image chez Rottenberg fait s’entrechoquer les scènes, multiplier les situations les plus absurdes et télescoper les univers comme si l’inconscient refoulé surgissait au milieu du salon.

Matthew Day Jackson pratique une autre forme de saturation de l’image. La sienne consiste à «recouvrir» certaines icônes culturelles pour leur redonner matière et actualité. Dans Beuys’ Suit, il recouvre le complet veston en feutre de Beuys par du fil arc-en-ciel, une manière de faire résonner la présence de l’artiste allemand, figure tutélaire de la sculpture sociale et de l’utopie dans l’art, avec les couleurs du Civil Rights Movement américain.
Chez Jackson, l’intrusion de l’histoire de l’art (et plus spécifiquement d’un art bercé par l’idéologie collectiviste), ou ailleurs la réappropriation d’éléments manufacturés issus de la société industrielle, confine à accorder aux objets désuets ou anti-fonctionnels une valeur de message : réexaminer aujourd’hui la portée symbolique de l’utopie.

Une autre utopie est celle de la vie après la mort. Jill Magid s’applique à en définir une vision qui, pour elle aussi, passe par l’objet manufacturé. Dans Auto Portrait Pending, elle expose un écrin et son anneau en or. Il manque la pierre précieuse, celle-ci sera fixée à la mort de l’artiste lorsque ses cendres serviront à la réalisation du diamant.
Désir de vie malgré la mort ? Certainement. Mais surtout, il y a dans ce travail, la volonté de voir son corps s’affranchir de sa propre identité: ici, il disparaît au profit de l’œuvre (et au profit, dans tous les sens du terme, de son acquéreur), dans d’autres situations, il se livre en pâture à la fouille ou à la vidéosurveillance policière.

Le corps est l’un des enjeux majeurs chez Laurel Nakadate. Dans ses photographies et ses séquences vidéo, l’artiste d’origine nippone se met en scène au milieu des paysages de l’Amérique profonde. En soubrette désinvolte, sur un parking la nuit tombée, elle sillonne entre les cabines de camionneurs ou, sur le perron d’une maison aux volets clos, se met à danser comme pourrait le faire une strip-teaseuse.
Plus tard, on la voit se faire «prendre» la jambe par un chien et tenter un effeuillage avec un vieux garçon bedonnant. C’est avec cet humour un peu potache, un peu décalé que Laurel Nakadate traverse l’arrière-boutique de la puissante Amérique, y révélant tour à tour l’humanité la plus veule et la touchante fébrilité.

L’ironie mordante de Laurel Nakadate fait écho à celle de Marc Ganzglass, lorsque celui-ci explore les réussites et les désillusions de la société post-industrielle. D’un côté, dans Meteorite Inclusions, la merveilleuse alchimie du fer provenant d’une météorite mélangé à celui que l’on extrait sur terre pour produire, contre toute attente, un évier aussi délicatement vain que l’Urinoir de Duchamp.
De l’autre, dans Tricolor/ Both Sides Now, l’histoire du naufrage d’un cargo transportant plusieurs milliers de véhicules, la prodigieuse machinerie qu’il a fallu mettre en branle pour trancher et

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