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PHOTO | CRITIQUES
Maria Hahnenkamp, Natacha Lesueur
Maria Hahnenkamp. Natacha Lesueur
28 mai - 23 juil. 2005
Paris. Galerie Praz-Delavallade
Deux artistes, Maria Hahnenkamp et Natacha Lesueur : toutes deux utilisent la photographie pour interroger le corps dans son identité et dans ses dimensions de corps contrôlé, formaté, éduqué par la culture et les normes sociales.


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Natacha-Lesueur-<em>Sans-titre<-em>-2005-Baryt-eacute;-80-x-60-cm-Courtesy-Natacha-Lesueur-et-galerie-Praz-Delavallade-Paris

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Par Caroline Pillet

Maria Hahnenkamp expose deux séries de photos de grand format. La première met en scène des corps allongés dont on ne voit que le dos et le haut des jambes. Il s’agit de femmes habillées de vêtements brodés par l’artiste. Ces broderies enlacent les corps pour en faire des sortes de femmes-plantes, de belles plantes posées là tels des objets dans l’espace.
Comme Annette Messager et d’autres artistes, Mara Hahnenkamp utilise la broderie qu’elle revalorise en la sortant de sa fonction triviale d’orner draps ou nappes, et de sa relation univoque à «la» femme.

Dans la deuxième série les corps de femmes, également habillées, sont entourés de bandelettes sur lesquelles sont inscrites des phrases en anglais extraites de théories sur le genre et le corps. On songe à Michel Foucault de Surveiller et punir quand est cité un texte mettant en relation le corps et le pouvoir, l’éducation qui fait de l’âme la prison du corps. C’est sur cette problématique du corps contrôlé, formaté, éduqué par la culture et les normes que travaille Maria Hahnenkamp.
Les corps cachés, sans visages, qu’elle photographie, et son utilisation du langage, traitent de la formation de nos corps qui s’opère au travers des processus culturels et linguistiques.

Natacha Lesueur expose elle aussi de grandes photographies, deux séries des portraits en noir et blanc face auxquelles les deux murs de la galerie ont été repeints en noir. Les images représentent le visage d’hommes endormis.
Des empreintes parsèment ces visages comme autant de marques de sommeil qui se révèlent vite être des traits de plumes. Les visages devenant ainsi des supports, et les marques, des parures. Si le visage reflète l’identité et l’humanité, Natacha Lesueur efface en quelque sorte cette identité par la juxtaposition de visages présentés dans la même position et avec les mêmes artifices.
Nous sommes confrontés à l’intimité du sommeil d’hommes dont l’identité est ainsi abolie, voire mis face à des masques mortuaires ou même des morts. Cette impression étant accentuée par les murs peints en noir.

Au-delà du body art, Natacha Lesueur exprime la vanité du corps et de l’identité. Avec l’effacement du visage, elle procède à l’effacement de l’individualité. Non par nihilisme, mais à l’encontre des conceptions du corps et de l’identité qui se limitent au sujet sans prendre en compte la société. Elle met en évidence le formatage des corps et des identités qui finissent par se ressembler.

Pour Maria Hahnenkamp et Natacha Lesueur le corps sert de support pour interroger l’identité. En ne retenant que certaines parties du corps, elles mettent en évidence le morcellement inhérent à toute normalisation, et l’évidence urgence de se retrouver en tant que sujet conscient de ses limites.

Œuvre(s)
Maria Hahnenkamp :
—  série «Körper-Diskurse», 2005. C-print sur aluminium. 93 x 123 x 3 cm.
Natacha Lesueur :
—  série «Sans titre», 2005. Baryté. 80 x 60 cm.

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