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PHOTO | CRITIQUES
Frédéric Delangle
Frédéric Delangle, No Life last night
21 oct. - 05 déc. 2005
Paris. Galerie Philippe Chaume
Ahmedabad (Inde), extérieur nuit. Les rues désertes semblent irréelles.Frédéric Delangle photographie la ville et nous en donne une vision sensible et poétique. Loin des stéréotypes sur l’Inde, il dresse le portrait de cette réalité urbaine, dévoile ce qui pourrait bientôt être une ville déshumanisée.


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Frederic-Delangle-<i>Ahmedabad-No-Life-Last-Night<-i>-Photographie-argentique-Tirage-lambda-80-x-100-cm-Courtesy-Galerie-Philippe-Chaume-Paris

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Par Gwénaëlle Plédan

La ville indienne de Ahmedabad compte plus de cinq millions d’habitants. Ce fut, au temps des Britanniques, l’une des villes les plus riches du monde grâce au commerce de l’opium vers la Chine puis aux manufactures de textile.
Elle est aujourd’hui au bord de la rupture : polluée, surpeuplée, en proie à des clivages religieux, politiques et sociaux extrêmes, prise dans le cercle vicieux de l’urbanisme à outrance, au mépris de son patrimoine et des populations lesplus pauvres. C’est cette urbanisation là que Frédéric Delangle photographie.

Photographe d’architecture, il participe à la réhabilitation du centre historique de la ville initiée par la France en 1999. Le but est d’attirer l’attention des habitants et des autorités locales sur le formidable patrimoine architectural dont bénéficie cette ville, et de sauver les derniers vestiges d’un glorieux passé. Pourtant, ce quartier historique reste insalubre, vétuste, pauvre, laissé à l’abandon dans un état de délabrement rarement atteint par une ville de cette importance.

La journée, Frédéric Delangle photographie une population dense, les rues de la ville saturées par une marée humaine en mouvement, une circulation frénétique et une pollution record qui plonge l’agglomération dans un nuage de fumée blanche.
Mais la nuit, par un travail plus personnel, il met la ville à nu quand, entre minuit et cinq heures du matin, Ahmedabad est plus calme. Un décor insolite apparaît alors : un gigantesque chaos architectural fait de béton et de tôles greffés aux bâtiments du XVIIIe siècle, tenant à la fois du palais, du bunker et du bidonville. Un mélange tout aussi improbable qu’un enchevêtrement de fils électriques et de cerfs-volants...

Ce qui surprend à première vue dans les photographies prises à la chambre, c’est la lumière quasi cinématographique qui enveloppe les habitations. Point de trucage, seule la pose prolongée et l’éclairage de la rue. Pourtant, il s’en dégage une ambiance troublante, à la frontière du rêve. Cette ville semble irréelle, isolée, hors du temps. A «contre lieu», comme on dirait à contresens.

Les rares figures qui passent encore dans la rue ne sont plus que des spectres qui errent quelques temps devant l’objectif avant de disparaître. Ahmedabad devient une ville fantôme, abandonnée à l’errance, à la douleur et à la solitude, victime d’une construction effrénée, d’un développement économique excessif.

Frédéric Delangle ne s’attarde pas sur le côté humain du problème, il privilégie les rues et ce qu’elles annoncent d’une catastrophe à venir.
Surpopulation, insalubrité, pollution, désacralisation et perte des repères, urbanisation sauvage et restes d’humanité à même le sol, victimes du libéralisme économique : la ville cristallise les problèmes qui se posent à la planète à l’orée de ce siècle.

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