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PHOTO | CRITIQUES
Edouard Levé
Fiction(s)
06 avr. - 20 mai 2006
Paris. Galerie Loevenbruck
Tout le monde se lève pour Édouard ! Un jeu de mots facile mais exprimant tout notre enthousiasme face aux clichés du photographe. Sur un noir et blanc satiné, Édouard Levé a composé des chorégraphies figées et mystérieuses…


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Edouard-Lev-eacute;-<em>Sans-titre<-em>-s-eacute;rie-laquo;Fictions-raquo;-2006-C-print-Courtesy-of-galerie-Loevenbruck-Paris

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Par Nicolas Bauche

Des hommes et des femmes sur leur trente et un prennent la pose sous la férule du plasticien.
Ici, en demi-cercle, des mâles experts examinent avec soin le corps d’une jeune fille en sous-vêtements; là, une musicienne retient du bout des doigts sa guitare électrique, soutenue par deux acolytes. Les corps se drapent de noir, laissant poindre sous leurs vêtements la carnation nacrée de la peau. Un contraste sublimé par les tirages e Levé, qui ne flattent pas la vêture smart de ses modèles. Pas de défilé de mode ici mais un travail ambitieux sur la pose dans l’art plastique, son expression et les parentés de la photographie avec la peinture et les spectacles vivants.

Un programme que Levé mène jusqu’au bout. Son esthétique dépouillée laisse voir les agencements des corps comme autant de géométries de chair. Les personnages semblent ainsi obéir à une ordonnance signifiante et secrète: tout et tous ont une place déterminée dans ce théâtre photographique.

Une femme au visage de madone guide, à ne pas se tromper, les faits et gestes de ses prétendants. Elle appose son index sur la bouche d’un homme en signe de silence, tandis que de l’autre main elle vole un papier à un amoureux transi. Et ne quitte pas des yeux, un seul instant, le visiteur.

Avec un sens inouï de la direction d’acteur — il n’y pas d’autre mot, ses modèles miment, jouent des scènes —, Édouard Levé redonne vie à un art allégorique.
Derrière chaque cliché, on croit deviner une inspiration graphique, le Quattrocento italien, le demi-cercle expertisant le corps féminin remet au goût du jour l’orientalisme de Gérôme…

Plus que des emprunts, des détails visuels — une sorte de «à la manière de» —, Levé met en scène des dispositifs. Et de l’art plastique à la pensée, il n’y a qu’un pas. Le parcours de l’artiste nous y invite. Écrivain, intellectuel, il cite Raymond Roussel et ce serait bien le diable si ses Fiction(s) n’étaient pas d’essence foucaldienne.
Il conçoit ses clichés comme autant de mécanismes où la posture acte l’image, où le champ visuel est comme une scène lumineuse. Entre l’envers et l’endroit de la photographie, les regards des personnages nous guide dans ce mince interstice, ni tout à fait réel, ni tout à fait imaginaire: la fiction? En y déployant l’image, Levé lui redonne son pourvoir de fascination. Pour longtemps…

English translation : Nicola Taylor

Œuvre(s)
Edouard Levé :
Sans titre, série «Fictions», 2006. C-print.

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