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PHOTO | CRITIQUES
Etienne Chambaud, Laurent Grasso...
Rooms, Conversations
13 déc. 2007 - 17 févr. 2008
Paris. Le Plateau
Le Plateau fait un double choix d’œuvres : celles où des tableaux, sculptures, installations sont montrées, et les œuvres elles-mêmes. Deux dispositifs d’exposition très différents sont ainsi confrontés. Deux grandes salles dialoguent dans l’exposition «Rooms, Conversations»   


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Collection-Frac-Ile-de-France-©-Laurent-Grasso-
Photo-Martin-Argyroglo

Fabrice-Gygi-<em>La-Vid-eacute;oth-egrave;que-mobile-<-em>(d-eacute;tail)-1998-Installation-mat-eacute;riaux-divers-nbsp;-Collection-Frac-Ile-de-France-©-Fabrice-Gygi
Photo-Martin-Argyroglo-Callias-Bey

  
Par Joana Neves

L’affiche de l’exposition collective «Rooms, Conversations» conçue par Xavier Franceschi (directeur du Frac Île-de-France), intrigue.
Nous connaissons ce visage, nous voyons bien qu’il s’agit d’une photographie dédicacée de célébrité. Petit à petit, le mystère se dissipe, nous reconnaissons Nathalie Portman, actrice américaine, encore adolescente et d une beauté déà troublante. Le nom de la dédicace aussi, nous l’identifions : Richard Prince, l’artiste américain qui a entériné la mélancolie sexy des paysages / cowboys des annonces pour Marlboro.
L’autographe factice adressé à un artiste montre à la fois la voyeur et son objet : Portman et Prince, la star du cinéma et l’artiste, la contemplée et le contemplatif. C’est justement cette croisée entre deux mondes à travers deux dispositifs (celui de l’art et celui du dispositif artistique pour montrer de l’art) que «Rooms, Conversations» problématise.
Le titre, d’ailleurs, est emprunté à une œuvre de Dora García, projetée dans une black box transparente de Laurent Grasso, mais qui curieusement est en allemand: «Zimmer, Gesprachën».

Les artistes seraient les meilleurs placés pour évaluer les besoins spécifiques de l’accrochage, de la projection, de l’installation et de l’usufruit d’une œuvre — vidéo, sculpture, voire même concert. A partir de ce principe somme toute logique, Le Plateau fait un double choix d’œuvres : celles où les tableaux, sculptures, installations sont montrées et les œuvres elles-mêmes.

La première et la deuxième salle se confrontent en opposant deux dispositifs d’exposition très différents: Extra Muros de Didier Trénet ainsi que ces choix éclectiques (Parvine Curie, Philippe Decrauzat, Manuel Ocampo…), qui s’étale dans tout l’espace jusqu’à la salle consacrée à Cocktail Designers et Projet 4 Brane de Laurent Grasso, une Black Box transparente.
Véritable oxymore en volume, le Black Box est comme un voile qui fait en sorte que la projection vidéo se superpose à la salle et à ses œuvres. Faite avec une structure en verre et en métal perforé, ce cube de projection combat la «boîte noire» qui depuis les années 90 affiche une reconstitution maladroite et inconfortable de la salle de cinéma.
Le voyeur est finalement voyant et vu.

En revanche, la structure à l’aspect un peu désuet de Didier Trénet découpe par ellipse tout l’espace faisant en sorte que, une fois placée dans la salle, tout est structure, même ce qui n’est pas à l’intérieur ou en dessous. Elle tisse le lien que le commissaire fait toujours entre les œuvres, matériellement, mettant en rapport tout ce qui y figure.
Ainsi dans la première salle l’œuvre fantasmagorique de Benoît Maire et Etienne Chambaud, ainsi que Autoportrait. Polygraphies de sommeil de Pascal Convert se situent à la fois en dehors et dedans, en lien bien soudé avec les autres œuvres.

Quel est le rapport entre œuvre et dispositif d’œuvre ? Quel jeu de force s’établit entre l’un et l’autre ? Pourquoi tisser de façon aussi ferme une scénographie qui pourrait être plus libre ? Le rapport entre dispositif et œuvre se mesure essentiellement par son efficacité.
Zimmer, Gesprachën de Dora García en est en quelque sorte la solution, la réponse cachée à toutes ses questions : le thème même de la vidéo (surveillance, asservissement, intimité, fiction, mise en scène, point de vue tronqué) résonne très bien dans cette black box coquette à peine voilée.

D’autre part, la photo de Richard Prince, à l’entrée, qui suggère illusoirement une conversation d’un fan avec une « star », et le titre «Rooms, conversations» pose d’emblée ce jeu de forces qui est éternel, les uns et les autres prenant le dessus suivant les penchants du spectateur et les choix du commissaire, comme dans n’importe quelle autre exposition.

Une autre piste pour le spectateur sera le son. Autant l’œuvre de Benoît Maire et Etienne Chambaud que la vidéo de Dora García et l’espace consacré à une programmation musicale (conçu par Cocktail Designers — Olivier Vadrot) ont une présence sonore par la musique ou le dialogue.
Les frontières se font entre le débordement contrôlé des deux premiers et le casque solipsiste du Kiosque électronique, absolument nécessaire pour permettre à la musique de s’installer dans l’espace d’exposition sans l’envahir.

Fidèle donc à sa vocation à la fois institutionnelle et expérimentale, Le Plateau investit dans la pensée spécialisée de l’œuvre ainsi que dans les œuvres elles-mêmes, tout en soulignant au passage des questions concernant l’usufruit des œuvres

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