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PHOTO | CRITIQUES
Mohamed Bourouissa, Stéphane Couturier...
Urbanités
10 oct. - 25 oct. 2008
Paris. Galerie Les Filles du Calvaire
De l’espace urbain à l’espace intime, Urbanités est une exposition multiple dont les œuvres mêlent plasticité de l’architecture et approches humanistes des tragédies humaines.


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Oz-Collective-Gaetan-Kohler-amp;-Alexandre-Pachiaudi-<em>Abri-n-deg;177<-em>-2008-Sculpture-techniques-mixtes-Oslash;-3-50-m-(4-10-ouvert)-Galerie-Les-Filles-du-calvaire-©-Oz-Collective-Gaetan-Kohler-Alexandre-Pachiaudi

Georges-Rousse-<em>Madrid<-em>-2006-Photographie-couleur-tirage-lambda-contre-coll-eacute;-sur-aluminium-159-x-125-cm-Galerie-Les-Filles-du-calvaire-©-Georges-Rousse

St-eacute;phane-Couturier-<em>Chandigarh-Secr-eacute;tariat-9<-em>-S-eacute;rie-<em>Chandigarh-Replay<-em>-2007-Photographie-couleur-C-print-sur-diasec-cadre-corni-egrave;re-US-190-x-243-cm-Galerie-Les-Filles-du-calvaire-©-Stephane-Couturier

  
Par Alexandrine Dhainaut

L’accueil de l’exposition Urbanités est de taille: une structure de plus de trois mètres de haut est installée dans la cour de la galerie Filles du Calvaire. Composé de dizaines de parapluies, Abri n°177 de OzCollective cultive l’ambiguïté. Accueillante par les quelques parapluies ouverts qui laissent entrevoir le dodécaèdre qui la compose,elle n’en reste pas moins piquante, agressive, par la pointe des parapluies : accessoires fétiches d’une Mary Poppins ou d’un Mr. Hulot, vecteurs habituels d’une image positive de protection et de dandysme.
Abris par excellence, les parapluies sont ici déployés au moyen de câbles, dont la géométrie empêche l’intrusion et dont la tension altère la poésie associée aux parapluies. A la fois bulle protectrice et bouclier imperméable, Abri n°177 met en scène une architecture utopique, non fonctionnelle, à la fois fragile sur ses appuis (quelques pointes de parapluies) et inébranlable par son aspect cuirassé.
L’opacité d’Abri n°177 fait écho aux photographies de Thibaut Cuisset et Stéphane Couturier.

Vidées de toute présence humaine, les photographies de Thibaut Cuisset renvoient l’image d’une urbanité frontale, façon carton-pâte, presque artificielle (notamment les clichés de la série Australie). La lumière zénithale fait ressortir les couleurs des façades, tandis que le point de vue frontal aplatit jusqu’à faire se confondre le premier et l’arrière plan.
Les photographies de Thibaut Cuisset sont éminemment graphiques par les jeux de lignes droites et obliques et se font le témoin d’une architecture rigide globalisée.

Ce rythme se retrouve dans la photographie de Stéphane Couturier Chandigarh Secrétariat # 9. Entre documentaire et œuvre plastique, elle isole un morceau d’une façade de Le Corbusier. L’œil se perd dans une image compartimentée, suivant les lignes verticales et horizontales. Perdue dans l’immensité, une présence humaine émerge dans les travées de béton, d’autant plus minuscule que le tirage est monumental. Comme celles de Thibaut Cuisset, les photographies de Stéphane Couturier sont presque déshumanisées.

Verticale et frontale chez Thibaut Cuisset et Stéphane Couturier, cette absence d’hommes est horizontale chez John Davies. Ses clichés noir et blanc écrasent d’autant plus les villes que les éléments naturels en occupent la moitié. C’est sous un ciel chargé ou au pied des montagnes qu’apparaissent les cités endormies.
John Davies traite de la «force rase» des villes anglaises, de l’horizontalité des bâtisses, des jardins ouvriers et des cheminée, qui s’étendent à l’infini en lignes de fuite s’évanouissant à l’horizon. Noyés dans ces architectures répétitives, les individus sont des points parmi d’autres.

Les photographies de John Davies résonnent avec celles à l’aspect «assoupi» de Gilbert Fastenaekens. Pris à la lumière de la Lune, la façade biseautée de la série Nocturnes et les silos de l’usine d’Hagondange apparaissent comme le signe d’une sombre histoire récente marquée par les destructions et l’entropie industrielle. L’aspect irisé ou miroitant des clichés de Gilbert Fastenaekens s’inspire des daguerréotypes ou calotypes de paysages orientalistes du Baron Gros ou de Maxime Du Camp. Chez Gilbert Fastenaekens, le paysage urbain semble irréel, aussi précieux qu’une cité antique, et l’architecture moderne est traitée comme une ruine en devenir.

L’urbanité n’est pas seulement une question de bâtiments, mais aussi l’affaire des hommes. Aux approches plastiques de l’urbanité s’ajoutent des approches plus humaines, avec des photographes tels que Mohamed Bourouissa, Denis Darzacq ou Paul Graham.

A la manière de Florence Paradéis ou Jeff Wall, Mohamed Bourouissa théâtralise l’espace pour en faire le siège de scènes d’extrême tension. Le décor est l’espace de la cité et de la rue, et les sujets sont ceux de la «génération Lacoste». Mohamed Bourouissa dispose les corps à la manière d’un Piero della Francesca ou d’un Delacroix. Ses images foisonnantes de détails, du premier à l’arrière plan, sont prises au point paroxystique, à l’instant décisif, juste avant un acte violent. Mais cet instant, Mohamed Bourouissa le fabrique de toute pièce à partir d’échanges de regards et de gestes, comme dans Mimic (1982) de Jeff Wall.
Cet instant décisif est aussi celui qui, chez Denis Darzacq ou Karen Knorr, tient les corps en suspens,

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