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PHOTO | CRITIQUES
Bruno Serralongue
Groupes de travail
13 nov. - 23 déc. 2004
Paris. Galerie Air de Paris
Bruno Serralongue arpente de par le monde les utopies sociales et artistiques en alliant l’écriture à la photographie. Sa vision est sociologique et politique, son exposition prend la forme d’un témoignage à charge social. Sur le motif, l’atelier sur le dos, il saisit le langage des formes et des corps, à la recherche de la vérité en peinture.


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Bruno-Serralongue-<em>Groupe-(Weidi-Sculpture-Limited-Company-Jinan-09082004)<-em>-s-eacute;rie-laquo;-nbsp;Groupes-de-Travail-nbsp;-raquo;-2004-Ilforchromes-40-x-50-cm-Courtesy-galerie-Air-de-Paris

  
Par Emmanuel Posnic

Partir sur le motif, l’atelier sur le dos, saisir le langage des formes et des corps, à la recherche de la vérité en peinture.

Ces mots, que l’on aurait pu emprunter à de grands artistes voyageurs du XIXe siècle, arpenteurs de par le monde des utopies sociales et artistiques comme Gustave Courbet ou d’autres, semble convenir à Bruno Serralongue bien que son outil, moins traditionnel, allie l’écriture à la photographie. Qu’à cela ne tienne, son aptitude à révéler la vérité de la condition humaine marque, à la manière de ses illustres aïeux, l’ensemble de ses réalisations.
Courbet ne l’aurait d’ailleurs pas renié. Les sujets de Serralongue se nourrissent tous d’une vision sociologique et politique : « Groupes de travail » n’échappe pas à la règle. L’exposition prend la forme d’un témoignage à charge social. Elle ressemble à un carnet de voyages inspiré par le monde et griffonné à l’ombre des manufactures ouvrières et des grands barnums de conférences sociales internationales.

Dans la salle principale, Serralongue montre une série de photographies courant sur les trois murs qui font face à l’entrée.
La première photographie illustre le Sommet mondial sur l’Information (série « SMSI ») qui s’est tenu à Genève en 2003. Le photographe s’est posté à l’entrée de la salle de conférence, ce qui lui permet d’obtenir un plan large sur les débats en cours.
Au premier plan, les conférenciers de dos dans la pénombre ; au centre, les intervenants installés dans la lumière des projecteurs ; au-dessus d’eux, les grands écrans diffusant leur image. Portraits volés d’une séance de travail, la photographie répond à l’idée que l’on se fait de ce type de rencontre. Bruno Serralongue pousse le détail jusqu’à identifier chaque participant dans le sous-titre de son oeuvre. Voilà où se négocie l’information internationale qui, comme chacun le sait, est une pièce maîtresse du jeu économique : entre une poignée de représentants, maître du monde et des images.

Le raccourci peut faire frémir, cette concentration des pouvoirs n’a d’égal que la disparité des acteurs qui forment la chaîne économique. Autre raccourci saisissant, celui que nous fait prendre Serralongue en cheminant depuis la représentation des édiles jusqu’aux travailleurs chinois, premier maillon de cette chaîne.
Cinq photographies couleurs pour un panorama hyperréaliste du contexte économique dans le pays où fleurit le bonheur d’une conjoncture en état de grâce. Cinq visions de l’industrie chinoise pointée ici par ceux qui la font vivre. Les photographies montrent des groupes d’ouvriers, les outils en main devant leur poste de travail. Chacun s’est visiblement empressé d’être dans le cadre pour une pause rapide avant de reprendre le rythme des machines.
Serralongue saisit les regards fiers et confiants pour un ensemble calqué sur les portraits de groupe académiques, les mêmes que l’on sert pour représenter les corporations, les communautés ou les familles.
Portraits de genre, à la manière de ceux que pouvaient dresser les maîtres hollandais au XVIIe siècle, les tirages de Serralongue offrent l’intérêt d’être de véritables témoignages d’une réalité qui échappe quelque peu à l’Occident. Les titres des photographies sont, une fois n’est pas coutume chez l’artiste, gonflés de multiples détails. Et ceux-là, loin d’être anecdotiques, accompagnent l’image et forment finalement, au-delà de l’écueil de ces prises de vues conventionnelles, le véritable ferment de ce travail. Un travail qui s’inscrit tant dans la description des phénomènes que dans l’investigation sur les causes et les conséquences qui y sont liées.

Dans la deuxième salle, Bruno Serralongue joue en virtuose de cette double lame, description / investigation, en se penchant sur l’actualité d’un monde quelque peu en marge.
Le voyage se poursuit, depuis le concert de Johnny donné à Las Vegas pour des fans venus de France jusqu’aux pentes escarpées du Chiapas au Mexique chez le sous-commandant Marcos, en passant par les participants du Forum Social Mondial de Mumbai en Inde. Chaque tirage fait l’objet d’une information précieuse : une dizaine de photographies y prennent place, encadrées par un texte qui plonge le lecteur dans les dates et les chiffres du reportage.

L’artiste met en relation les images et les textes ou bien les images et les textes entre eux. Sans s’épuiser dans le confort du compte rendu, ses reportages gagnent une authenticité manifeste au contact des individus qui vivent l’événement.
Serralongue pousse l’information jusqu’à la saturation : il dégoupille la « spectacularisation » de l’événement en marchant sur le même terrain mais en prenant

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