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Philippe Ramette

PMagali Lesauvage
@12 Jan 2008

Le Domaine de Chamarande, dans l’Essonne, invite désormais chaque automne un artiste. Cette année, Philippe Ramette, un artiste qui utilise la photographie pour remettre en cause la validité des images. Ses œuvres précises, concises et lumineuses d’intelligence semblent avoir trouvé là un décor idéal.

Déployé dans les salles élégantes du château de Chamarande, les œuvres précises, concises et lumineuses d’intelligence de Philippe Ramette semblent avoir trouvé là un décor idéal.

A l’extérieur, une œuvre monumentale, Echelle 1 (2007), a été conçue spécialement pour le lieu. Faisant le lien entre les douves et le toit du château, la sculpture résume assez bien les tenants et aboutissants du travail de l’artiste : l’exploration des pièges du langage, notamment par le jeu sur les mots, ou sur les sens propre et figuré ; les illusions optiques dues aux changements d’échelle, ici le château paraissant démesurément petit ; la minutie obsessionnelle de l’exécution ; l’absurdité d’une mise en scène destinée, finalement, à remettre en cause la validité des images.
Chacun de ces éléments évoquant immanquablement le surréalisme à la belge d’un René Magritte, où les apparences comme les mots peuvent tromper.

Sculptures, installations, photographies et dessins forment un ensemble significatif du travail de Philippe Ramette, pour lequel cette exposition a été «l’occasion de lancer des pistes» et qui affirme chercher dans ses œuvres à «rationaliser l’irrationnel».
L’une des pistes majeures, suivie tout au long du parcours, est celle du thème du miroir. Le titre de la sculpture Cerveau réfléchissant (2002), en bronze chromé miroitant, joue lui aussi sur les sens figuré et propre: « Mon désir d’utiliser le miroir est ancien, déclare l’artiste, et né de l’idée de jouer avec le double sens du mot, entre la réflexion visuelle et le processus mental. Le langage est souvent pour moi le point de départ d’un travail, à travers un jeu de mots ou une expression, comme tirer sur la corde, le fil du rasoir, etc.».

Ce travail de sculptures et d’installations vient compléter celui, peut-être plus subtil, de photographies et dessins. Dans des images aujourd’hui bien connues, comme Socles à réflexion (1989-2002), ou la série des Exploration rationnelle des fonds sous-marins (2006), dont on retrouve des équivalents dessinés poétiques, Philippe Ramette défie les lois de la pesanteur comme celles de la rationalité.

Certaines œuvres, produites spécifiquement pour le Domaine départemental de Chamarande, constituent pour Philippe Ramette des projets en devenir. Ainsi, il analyse L’Ombre (de moi-même) (2007) en «référence au théâtre : un projecteur, un faisceau lumineux, une ombre au sol et un costume vide, comme la mise en scène d’une personne dématérialisée, ce costume qui est devenu un élément récurrent de [ses] photographies».
De nombreuses œuvres ont en effet pour point focal un personnage omniprésent, et pourtant invisible car n’étant pas le sujet véritable : l’artiste lui-même, dont Philippe Ramette affirme la position dans le dessin A contre-courant (Hommage à Buster Keaton) (2006), «en déséquilibre et en état de résistance», termes qui peuvent également définir le statut revendiqué des images.

Philippe Ramette
Sculptures et installations :
Cerveau réfléchissant, 2002
Espace meeting, 2007
Fauteuil Seatcom, 2007
La Traversée du miroir (image arrêtée), 2007
Le Miroir qu’on casse, 2000
Miroir à ciel, 1989-1990
Miroir déformé, 2002
Miroir rationnel, 2001
Objet à voir le chemin parcouru, 1991
Objet à se voir regarder, 1990
Vitrine, 2001 (et Dessin préparatoire, 2001, dessin)
Sans titre, 2007, installation
L’Ombre (de moi-même), 2007, installation
Echelle 1, 2007, sculpture

Photographies :
Boîte à isolement (utilisation), 1989-2004
Exploration rationnelle des fonds sous-marins : inversion, 2006
Exploration rationnelle des fonds sous-marins : la carte, 2006
Inversion de pesanteur, 2003
Objet à voir le monde en détail, (utilisation), 1990-2004
Promenade irrationnelle, 2003
Socles à réflexion (utilisation), 1989-2002

Dessins :
A contre-courant (hommage à Buster Keaton), 2006
Corps mort disproportionné, 2001
Corps mort (expérimentation métaphysique), 2002
Espace pour le futur (prototype de mobilier urbain), 1998
Lévitation de chaise (Projet Pommery), 2005
Projet pour le Grimaldi Forum, 2003
Rupture de pesanteur, 2002
Sans titre, 1998
Socle rationnel (« hommage à lamafia »), 2002