DANSE | SPECTACLE

Montpellier Danse | Contes Immoraux – Partie 1 – Maison Mère

05 Juil - 07 Juil 2018

Avec Athéna, déesse des arts, de la sagesse et des stratégies militaires, rien n'est moralement simple. Invitée à créer une pièce pour  la Documenta 14 (de Kassel et Athènes), Phia Ménard a conçu Contes Immoraux - Partie 1 - Maison Mère. Une performance pour conjurer le découragement.

En septembre 1943, l’armée américaine bombarde la ville de Nantes pour faciliter le futur engagement des troupes alliées sur le sol européen. Stratégie de la table rase en territoires occupés, certains y ont perdu leur logement, d’autres la vie. Le grand-père maternel de la chorégraphe Phia Ménard (Cie Non Nova) a péri dans l’un de ces bombardements. Corps émiettés, la sépulture n’est pas une tombe individuelle, mais une fosse commune. Première partie d’un triptyque chorégraphique, Contes Immoraux – Partie 1 – Maison Mère a été créée pour la dernière Documenta (la D14, 2017). Moment dual, cette Documenta aura été la première à se dédoubler — entre Kassel et Athènes. Invitation à créer en engageant une réflexion autour des pôles « Apprendre d’Athènes » et « Pour un parlement des Corps », Phia Ménard s’est emparée de l’occasion pour entamer une plongée dans ce qui fait la chair de l’Europe. Des histoires individuelles aux destinées collectives.

Contes Immoraux – Partie 1 – Maison Mère : quand le Parthénon prend l’eau

Chorégraphe venue du jonglage et ayant effectué une transition de genre, Phia Ménard travaille souvent avec les éléments. Jongler et danser avec la glace, avec le vent… Ici, c’est la pluie qui intervient. Histoire européenne balafrée de bombardements et convulsions socioéconomiques, de Kassel à Athènes, le plan Marshall y devient symbole de ce qui interpelle. Tout raser pour tout reconstruire en villages préfabriqués. Habitats précaires, en carton-pâte : une histoire qui se répète d’hier à aujourd’hui. Jusqu’à ce que la pluie s’abatte et réduise, encore et toujours, les structures en bouillie informe. Performance chorégraphique en forme de solo, sur scène, Phia Ménard construit une structure inspirée du Parthénon d’Athènes. Lieu dédié à la déesse Athéna, protectrice de la ville et des arts, le Parthénon incarne la solidité, ce qui doit traverser les siècles. En carton et adhésif de papier, la vaste structure de Phia Ménard relève davantage du barnum d’appoint.

Phia Ménard et la lutte avec les éléments : apprivoiser la glace, le vent, la pluie

À travers Contes Immoraux – Partie 1 – Maison Mère, Phia Ménard entame une réflexion sur la crise européenne. Avec une Grèce économiquement dévastée, à qui l’Europe proposerait des maisons en carton, pour toute solution de dépannage. Parce que la Grèce, ce pays accueillant une partie des personnes migrant vers l’Europe, ne connaîtrait que le soleil. Après avoir bataillé pour construire l’édifice, Phia Ménard se voit rattrapée par la réalité pluvieuse. Une goutte, quelques gouttes, un déluge. Et tentant de maintenir l’édifice, elle se retrouve alors ensevelie. Écho à son histoire familiale, Phia Ménard ne se laisse pas pour autant enterrer vivante, ni pétrifier par la beauté des ruines. Devant être suivie par Temple Père et La Rencontre Interdite, Maison Mère déjoue la répétition tout en rendant également sensibles les frissons qui parcourent l’Europe actuelle.