DESIGN | OBJET

Pablo Reinoso

03 Juil - 03 Juil 2017

Entre design et sculpture, Pablo Reinoso crée des pièces aux proportions différentes selon un rapport singulier à l’espace, au volume, et au mouvement. La maison d'édition Les 5 Continents lui consacre une monographie inédite faisant retour sur l’ensemble de sa carrière. Paris Art évoque à cette occasion sa vision du design.

La maison d’édition les 5 Continents publie la première monographie consacrée à Pablo Reinoso. Images d’archives inédites et photographies de ses principales créations sont accompagnées d’un entretien avec le critique d’art Henri-François Debailleux qui revient sur l’ensemble de sa carrière, et de textes de Michel Serres et Gérard Wacsjman. Si celui-ci souligne que «Pablo Reinoso fabrique des objets qui laissent la théorie déconcertée», Michel Serres s’emploie à expliquer son rapport essentiel à l’espace, au volume, et au mouvement.

Pablo Reinoso : registres différents  

D’origine argentine, Pablo Reinoso fuit la dictature du Général Videla et son «Procesus de réorganisation nationale» pour s’installer à Paris en 1978, où il fit un premier voyage à la fin des années soixante, au cours duquel il rencontre notamment le sculpteur Henry Laurens. Ce voyage semble décider de sa vocation de sculpteur dont il peut confier la délicate naissance : «J’ai mis beaucoup de temps à comprendre la sculpture en travaillant les matériaux physiquement : j’ai fait des essais en regardant ceux que j’admirais, Picasso, Brancusi, Giacometti, Moore (…) Aujourd’hui, c’est dans mon corps que je sens si une œuvre est aboutie». Confirmée, cette vocation le conduit ultimement à créer des séries d’objets à partir des années soixante-dix dans lesquelles s’affirme sa conception de l’espace et son utilisation de la matière.

Sa relation à cette dernière a pu évoluer au cours des décennies. Utilisant d’abord le marbre, il présente en 1982 Paysage d’eau au Musée d’art moderne de la ville de Paris puis utilise le bois, et conçoit la série Les respirantes – coussins faits de toile de parachute ou de montgolfière qui se gonflent et se dégonflent à un rythme régulier – pour se départir des contraintes matérielles du travail de sculpteur. Lourdeur des matériaux du sculpteur et légèreté de l’air sont des changements de registres prolongés en quelque sorte par la réappropriation d’un objet, la chaise Thonet, que Pablo Reinoso fabrique en bois massif.

Pablo Reinoso : le monde des objets

Le bois semble toutefois une matière privilégiée par Pablo Reinoso qui poursuit alors son exploration du monde des objets et plus particulièrement des bancs publics. Il crée ainsi en 2006 son premier banc Spaghetti qui, tel une plante ou un arbre paraît se ramifier. Michel serres note d’ailleurs à ce sujet : «Par une puissante originalité, cette œuvre sculptée sort en partie de la sculpture, au moins de sa matière à trois dimensions ; voici un art hors support, comme on dit que telle plante se cultive hors sol».

Si les bancs naguère exposés à l’Hôtel de Fourvière à Lyon semblent courir irrésistiblement le long des murs, les cadres de Pablo Reinoso prennent la forme de guirlandes de bois pour rendre hommage à un tableau du Greco.

Plus récemment, en juillet 2016, Pablo Reinoso a installé un banc en fer de couleur noire dans les jardins de l’Elysée. Racines de France, explique ce dernier, se compose de deux bancs faits de poutrelles d’acier. Cette assise renvoie directement aux symboles de la République, le chêne et l’olivier, les feuilles en bronze de ces deux arbres ayant été fixées sur ces deux bancs.