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Origine

Communiqué de presse
Sidi Larbi Cherkaoui
Origine

20h30. Création pour 4 danseurs et 3 musiciens, 2008.

Chorégraphie: Sidi Larbi Cherkaoui
Musique:  Hildegard von Bingen, Rabi’a van Basra  (chants traditionnels maronite et syrien interprétés par des femmes,chants paléo-byzantins composés par des femmes).

Sidi Larbi Cherkaoui, invité pour la seconde fois cette saison, dévoile Origine, un projet pour 4 danseurs et 3 musiciens. Une forme resserrée où la danse se déploie avec une aisance nouvelle, le chorégraphe ayant réuni pour l’occasion une distribution inédite: Kazutomi Kozuki, Daisy Phillips, Valgerour Rúnarsdóttir, Shawn Mothupi. Du Japon, des États-Unis, d’Islande et d’Afrique du Sud, ces interprètes représentent aux yeux du chorégraphe les relations Nord/Sud, Est/Ouest. Une géographie du sensible, en quelque sorte.

Connaissant le goût pour les langues et les signes de Sidi Larbi Cherkaoui, il est évident que le terme même d’Origine est à prendre dans tous ses sens. Milieu humain primitif auquel un individu ou un groupe appartient, époque d’où vient quelque chose ou, enfin, point de départ. L’origine pour le Flamand est multiple. Sidi Larbi Cherkaoui est parti de l’énergie féminine et a brodé sur ce riche motif: «L’idée était également de trouver la vérité dans le présent; en réunissant sur scène quatre danseurs d’horizons différents comme quatre points cardinaux, je les pousse à se rencontrer. Et à me rencontrer. D’ailleurs, je crois pouvoir dire qu’ils sont eux- mêmes encore en recherche personnelle sur leurs origines. »

Au vu des dernières répétitions à Anvers, il semble bien qu’une alchimie des corps prenne au-delà des mots. Sidi Larbi Cherkaoui a voulu cerner au plus près chaque personnalité, ciselant une écriture gestuelle à l’éclat intact. À l’image de cette ouverture où Sean jongle avec une balle imaginaire, qu’il façonne entre ses doigts. Peu à peu on comprend que c’est le monde même que l’homme porte sur ses épaules. Parfois, le créateur part sur d’autres pistes comme ces figures d’humaines aux caractéristiques animales: Kazutomi se glisse ainsi sous la “peau” d’un manteau de fourrure tel un singe; Daisy, une simple coupe de bois retournée sur le dos, a des allures de tortue. De ces métamorphoses, Origineest riche à l’image d’un décor rappelant une maison. Un bric-à- brac: vidéos, ombres projetées…. Au bon vouloir de l’imagination de chacun. Surtout Sidi Larbi Cherkaoui fait de ce quatuor une magnifique étude sur le double, enchaînant des duos à la grâce virtuose.

Tango stupéfiant, une simple cigarette tendue bouche à bouche entre deux amants. Femme dont les gestes, même intimes, sont épousés par un danseur; de la main de cet autre danseur elle fait son miroir, d’une paire de genoux elle esquisse un fauteuil. Sidi Larbi Cherkaoui ne retient que le mouvement et ses extensions quasi amoureuses: on pourrait dire que l’on n’a jamais vu autant de danse chez le fils prodigue de la création belge! Il s’en amuse, d’ailleurs. Mais ce serait oublier une pièce comme d’avant, un quatuor justement sous forme de boys bandmédiéval, qu’il présenta aux Abbesses, en octobre 2002, puis au Théâtre de la Ville, en avril 2006. Même science de l’occupation du plateau, même harmonie des formes, même recherche formelle.
 
Mais avec Origine, la part du féminin l’emporte au diapason de la voix de Fadia Tomb El-Hage et de l’Ensemble Sarband, Miriam Andersén (chant et harpe gothique), Vladimir Ivanoff (direction musicale, arrangements, percussion et luth). Au départ de cette aventure initiée par Bijoke, une organisation gantoise de concerts, Sidi Larbi Cherkaoui voulait travailler sur les chants de Hildegarde von Bingen, religieuse et prophétesse du Moyen Âge redécouverte il y a quelque temps. «Mais je me suis rendu compte qu’il y avait une espèce de culte autour de sa personne: je ne voulais pas froisser ses admirateurs en illustrant sur scène certains de ses chants. Je n’en ai finalement retenu que deux ou trois. Avec l’Ensemble Sarband, nous sommes dès lors partis sur des chants scandinaves, d’autres traditionnels maronites et syriens. Quant à la voix de Fadia Tomb El-Hage, de formation classique, elle donne une interprétation très personnelle, orientale pour tout dire, liée à son pays d’origine, le Liban.»

Entendre monter cette plainte vocale alors qu’une danseuse en solo, sur un pied, démultiplie ses bras telle une déesse, confine à l’envoûtement. Cette calligraphie du geste porte Origine à des sommets de poésie visuelle.