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Once Upon No Time, 49 Nights for a Poem

PBarbara Le Maître
@12 Jan 2008

Deux principes — l’éphémère et l’imbrication plastique — pour une œuvre en forme de reformulation contemporaine de La Création humaine, sous l’égide de la bande dessinée, de la psychiatrie et des machines désirantes

La plupart des fresques de Fabien Verschaere sont vouées à la disparition, conçues en l’occurrence pour être gommées par celui qui viendra occuper le lieu juste après, susceptibles ailleurs d’être effacées par la pluie — la fresque italienne. Premier principe de l’œuvre : l’éphémère est érigé en loi. Il y a là, d’emblée, quelque chose d’une rigueur, d’une intelligence et d’une cohérence exemplaires, de la part d’un homme qui situe ses créations à l’horizon des Vanités.

Au cœur de cet ensemble mi-pictural, mi-sculptural, se trouve un peuple de motifs singuliers, répertoire figuratif qui donne lieu à de multiples combinaisons, moyennant reprises et remodelages. La petite salle de la galerie rassemble quelques-unes de ces matrices, quand la grande salle offrira ensuite le spectacle de leur agencement en rébus. De toute évidence, le macabre se conjugue pour lors avec une organicité ludique et voici, en autres choses, le crâne aux orbites creuses — cela s’imposait — mais aussi le squelette, le spermatozoïde, l’abeille butineuse, le clown, le champignon toxique, le corps humain étendu — souvent ouvert et, surtout, souvent envisagé sous l’angle de sa fécondité, laquelle ne se limite d’ailleurs pas à l’idée que l’on s’en fait d’ordinaire…

Du rébus aussi bien que du rêve, la peinture murale en noir et blanc de la grande salle conserve la logique d’association entre des motifs disparates, mais tout à fait enchevêtrés plutôt que juxtaposés. Second principe : imbrication, intrication plastique. De ce réseau ultra dense qui amalgame personnages de comics, créatures fantastiques (Godzilla surplombant un train), figures ailées plus ou moins apparentées au religieux (apôtre ou Christ cornu ?), archétypes picturaux (un bœuf écorché façon Rembrandt), objets domestiques et autres produits de consommation (dés, lame de rasoir, fer à repasser, motte de ricotta), émergent des corps humains en danger, sérieusement menacés par toutes sortes de body snatchers.

Entrelacs grouillant de motifs machinés en circuit et raccordés de façon illicite — du moins, au regard de la ressemblance. Fabien Verschaere évoque Deleuze et Guattari, non sans raison : ici aussi, « Ça fonctionne partout, tantôt sans arrêt, tantôt discontinu. Ça respire, ça chauffe, ça mange. Ça chie, ça baise […] Partout ce sont des machines, pas du tout métaphoriquement : des machines de machines, avec leurs couplages, leurs connexions. Une machine organe est branchée sur une machine source : l’une émet un flux que l’autre coupe. Le sein est une machine qui produit du lait, et la bouche, une machine couplée sur celle-là. C’est ainsi qu’on est tous bricoleurs, chacun ses petites machines » (L’Anti-Œdipe). Couplage : un corps d’homme allongé, relié à un ordinateur par le biais d’un cordon-pénis. Machine productrice : une femme nue, accroupie comme pour déféquer, enfante le monde. Etc.

Au final, nous sommes face à l’œuvre comme face à une reformulation contemporaine de La Création humaine, mais placée sous l’égide de la bande dessinée, en même temps que revue et corrigée à l’ère de la psychiatrie et des machines désirantes

Fabien Verschaere
Vanité 1, 2003. Cube en résine, peinture acrylique. 100 x 100 cm.
Vanité 2, 2003. Cube en résine, peinture acrylique. 100 x 100 cm.
49 nights for a poem, 2003. 11 figurines en terre cuite, peinture acrylique.
Sans titre, 2003. Série de 20 dessins : dessin à l’encre sur verre, cadre en bois. 71,50 x 61 cm.
Sans Titres, 2003. Peintures murales éphémères : une fresque en noir et blanc, deux dessins en couleurs, un dessin en noir et blanc avec un poème, un dessin en noir, gris et blanc. Dimensions variables.