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Olivier Nottellet

PNathalie Toulinat
@12 Jan 2008

Ce que propose Olivier Nottellet est à l’image du lieu qui l’accueille: obscur, inopiné et insaisissable. Les peintures murales qu’il déploie le long d’un parcours ouvert sont issus d’une réflexion sur le lieu d’exposition. Transfiguration ou simple bavardage?

Pour ses peintures murales et autres installations à la mise en scène cinématographique, Nottellet dessine avant de peindre. Il transpose des croquis réalisés en atelier sur la surface des murs de la Galerie. Ce passage donne à voir de nombreuses comparaisons. Où est passé le trait de la construction graphique? Comment se structure l’espace immersif du mur? Que peut-on reconnaître, repérer et qu’a-t-on gagné ou perdu dans ces glissements d’échelles et de significations?

Dans la première salle, la peinture Angles multiplie le motif d’un cadre de fenêtre coupé, disposé de manière concentrique, par le biais de la peinture noire sur fond blanc. L’objet référence, placé en face de la peinture, instaure une mise en abyme, tout en creusant l’espace par la prolifération du motif devenu abstrait.

Dans les deux autres salles sont présentées deux peintures murales utilisant le même procédé du positif/négatif et une vidéo étonnante, intitulée Les Egouts du paradis. Des feuilles de papiers enroulées, filmées du dessus en diaporama, recueillent une peinture noire. Les mouvements concentriques de va-et-vient troublent tout lien avec la peinture, voire toute compréhension de ce qui est filmé.

Entre ces deux salles, une installation hermétique intitulée La Réserve, concentre des chaises et des lampes de bureau noires, tandis qu’un tuyau traverse l’espace de toute la longueur et lie les deux salles annexes. Des miroirs et des tissus noirs effacent la structure de l’espace. Cette reconstitution invite à échafauder des explications, des bribes de fiction, afin d’éclairer le sens de cet espace, son rôle, ses fonctions et son lien avec le reste.

A travers cette présentation de l’exposition, un écueil vient nourrir le travail de l’artiste. Les paysages en noir et blanc servent d’espace de projection à l’imagination d’un spectateur en manque de repères. Ni les commentaires de l’artiste, ni ceux construits aléatoirement ne suffiront à venir à bout de l’univers que l’on nous présente. Des architectures absurdes, faites d’horizontales et de verticales, des objets orphelins, des systèmes centrifuges déterminent un vocabulaire prêt à en découdre avec la formule «une œuvre = une idée» (pour reprendre les termes de l’artiste). Nous sommes invités à prendre le temps de regarder, à contempler ou à déchiffrer…

Mais loin d’un Stéphane Dafflon ou d’un Franz Ackermann qui mettent la question du décoratif au cœur de leurs pratiques, Nottellet respecte le cadre du mur et transpose le bord du papier dans les limites architecturales. Loin aussi d’artistes comme Kara Walker ou William Kentridge qui font un usage fictionnel des transpositions du dessin et de la peinture, Nottellet ne laisse aucun indice et nous perd dans le vide de l’interprétation.

Olivier Nottellet
Angles, 2004. Peinture murale.
Les Egouts du paradis 1 & 2, 2005. Vidéo diaporama.
Glacier et paysage , 2005. Projet de peinture murale.