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Par André Rouillé Les écrans de cent téléphones mobiles multimédias pendus au plafond par une tresse de câbles électriques scintillent et bruissent en diffusant des vidéos, toutes différentes, toutes réalisées, images et sons, au moyen de téléphones mobiles qui sont, avec une cohérence esthétique implacable, à la fois les outils, les composants et les matériaux de l’œuvre. Il ne faut pas s’y tromper, il ne s’agit pas là d’un gadget high-tech, mais d’une réelle démarche de peintre. Au début des années 1970, Christian Boltanski affirmait «peindre avec de la photographie», aujourd’hui, Béatrice Valentine Amrhein peint avec des téléphones mobiles parce qu’ils sont devenus le prolongement naturel de l’œil et de la main. Dotée d’une solide formation et d’une longue expérience de peintre, elle s’inscrit ici, de façon totalement originale, dans un vaste courant de l’art contemporain qui vise à réinventer la peinture, à l’ancrer résolument dans le XXIe siècle. La peinture n’est en effet plus limitée à l’alliage séculaire des pigments et de la toile rivée au mur, mais plutôt considérée comme un mode du faire et du voir artistiques. C’est une question de corps, de geste et de matériau. Voir en peinture, signifie être sensible à un faire, à des objets, à des qualités de lumières, de matières et de formes, à des temporalités et des opacités, ainsi qu’à des résonances venues de toute l’histoire de l’art, et aux rumeurs du monde tapies dans les plis des œuvres. C’est cette conception ouverte et contemporaine de la peinture que Béatrice Valentine Amrhein met littéralement en œuvre avec les téléphones mobiles. Leur médiocre définition technique lui permet d’obtenir, par la pixellisation outrancière, une texture inédite d’images auxquelles les faibles performances de la vidéo donnent un saccadé particulier. La singularité du son résulte, elle aussi, de la conversion en force esthétique des faiblesses techniques des outils utilisés. La matière visuelle et sonore ainsi obtenue, et la proximité autorisée par l’optique des téléphones mobiles, Béatrice Valentine Amrhein s’en sert pour figurer des corps, pour les ausculter, pour s’immiscer dans leurs plis, pour parcourir leur peau et leur alentour, pour atteindre, par-delà leur surface, à leur «système corporel», pour en dresser une cartographie sensible. La démarche picturale du Videos Lustre se prolonge par un «Mur d’images» composé de vingt et une grandes impressions photographiques (118 x 135 cm) de vues extraites des vidéos. Tandis que la problématique du corps qui irrigue l’ensemble de l’œuvre s’actualise en interactivité : trois des vidéos sont projetées en boucle sur d’étonnants écrans d’air que le spectateur est convié à traverser pour littéralement s’incorporer dans l’œuvre.
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