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Mickael Krebber et Sean Paul

PNicolas Bauche
@12 Jan 2008

L’association de Michael Krebber et Sean Paul, surprenante alliance cordiale entre l’Allemagne et les Etats-Unis, dépasse leur goût de l’abstraction et des couleurs ombrées pour inventer l’une des expositions les plus ambitieuses de l’année. Il n’y manque, peut-être, qu’un soupçon d’émotion.

Par beau temps, la verrière découvre l’azur et éclaire la galerie Hussenot de rayons dorés. Ils frappent les murs, réveillent les toiles avant de se diffuser dans une réverbération éclatante et vaporeuse. Soudain prises dans cette cathédrale de lumière, les oeuvres exposées gagnent un supplément d’âme que seul le diaphane semble révéler. C’est ce miracle, à la fois transmutation esthétique et mouvement atmosphérique, qui fait la magie de l’exposition de Mickael Krebber et Sean Paul. Intelligence suprême des deux plasticiens, cette sublimation régit la disposition des œuvres dans la mise d’une chambre claire.

Car si «I Never Said Yes…» s’empare du processus photographique, c’est pour l’inverser. Contrairement à l’héliogravure — n’était-ce pas la dénomination si significative de Niepce? —, rien ne se fait dans le secret de la chambre noire. L’ombre et la lumière sortent de leur boite de Pandore pour s’emparer de la pièce. En son centre, une table — deux tréteaux en plexiglas grenadine surmontés d’un support en verre épais — présente une étrange composition géométrique: deux cubes blancs avec une face noire sont de part et d’autre d’un Minolta. A bonne distance, son objectif braqué sur le mur opposé, il traque la blancheur aveuglante qui vibre sous les rais de lumière.

Au mur, trois grands formats noirs et un autre bleu Klein captent immédiatement le regard tandis que le staccato d’une installation de Krebber, Projection (2006) — un appareil passant en boucle les diapositives de ses œuvres — bat la mesure.
Entre ce que l’on entend et ce que l’on voit se noue alors un dialogue inédit. Les toiles sont autant de notes sur une partition, l’insertion d’affiches blanches pour combler les vides (des silences ?) incitant à lire le travail des deux artistes comme un phrasé musical.

Le noir et même le bleu n’y sont plus des couleurs mais des états d’âme, des intensités esthétiques préfigurant toute représentation. Noir abyssal dont remonte, une fois le nez sur le tableau, la trame piquée de blanc. Bleu nuit, crépuscule suspendu par le miracle des arts plastiques. Entre l’éveil et la mort, la lumière danse devant l’objectif silencieux du Minolta.

Au milieu de cartons désossés et exposés, un sous-verre nous livre les indications minutieuses de Krebber et Paul: une feuille arrachée à un livre, une bibliographie à mettre en regard de chaque pièce. S’y alignent notamment Becoming-Woman, de Felix Guattari, The Popling, de Burrough ou Women Homosexals And Youth, de Kate Millet.
Il est donc, au fond, question de sexe et du corps dans ce «I Never Said Yes…» Une matrice dont on ne sait ce qu’il en naîtra. L’association de Michael Krebber et Sean Paul, surprenante alliance cordiale entre l’Allemagne et les Etats-Unis, dépasse leur goût de l’abstraction et des couleurs ombrées pour inventer l’une des expositions les plus ambitieuses de l’année. Il n’y manque, peut-être, qu’un soupçon d’émotion, par temps couvert.

Traducciòn española : Maïté Diaz
English translation : Margot Ross

Michael Krebber
Projection, 2006. Installation
Hatred of Capitalism, 2006.
Air Guitar, 2006.

Sean Paul
Blue Picture, 2006. Acrylique sur toile.
Other People’s Cameras, 2006. Plateau en verre, Minolta x-700, tréteaux transparents peints, acrylique rouge, boîtes en plexiglas.
Black Picture, 2006. Acrylique sur toile.
Sans titre, 2006. Ballon, Paris Match No. 2974 (20), corde.