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Matthew Pillsbury

PMagali Lesauvage
@12 Jan 2008

Lauréat ex-aequo du prix de la Fondation HSBC pour la photographie, l’Américain Matthew Pillsbury présente ses images en noir et blanc, photographiées à la seule lueur d’un écran, ainsi que ses photos fantomatiques de muséums d’histoire naturelle.

Diplômé de la School of Visual Arts de New York en 2004, Matthew Pillsbury est aujourd’hui le lauréat, aux côtés de Julia Fullerton-Batten, du prix de la Fondation HSBC pour la photographie. A cette occasion, il présente à la galerie Baudoin Lebon deux récentes séries d’images énigmatiques en noir et blanc : Screen Lives et Museum Hours.

Expliquant le processus technique qui détermine l’esthétique de son travail, Matthew Pillsbury déclare : «L’activité humaine devient évanescente alors que la présence des objets est captée, grâce à l’utilisation d’une chambre 8 x 10 pouces, dans ses moindres détails. Chacune de mes images est une réflexion ouverte sur nos relations complexes et changeantes entre la fabrication des images, l’art, la culture et nous-mêmes».

La première série, Screen Lives, a été réalisée uniquement à la lumière d’écrans de télévision ou d’ordinateurs. La faible luminosité et le long temps de pose ne permettent pas de saisir précisément les contours des objets ou des êtres en mouvement. A la lueur d’un écran d’ordinateur portable, l’image d’un pianiste, venu jouer quelques notes avant de quitter l’instrument, n’a pu impressionner le négatif, tandis que les objets qui l’entourent, notamment le lourd piano noir, affirment leur tangibilité (Eric Watson).

Dans Full Moon Rising Over Beaver Bay, les deux uniques sources lumineuses sont l’écran d’ordinateur et la lune, dont la trajectoire forme un segment visible sur l’image. D’une chambre d’hôtel à l’autre, les individus ne sont que des ombres face à de vastes paysages urbains nocturnes : sans consistance face à l’homogénéité de la mégapole, l’être humain est totalement désindividualisé (Calum and Erica). L’abstraction du rectangle de l’écran qui éclaire les scènes hypnotise le regard et revient comme référent visuel d’une image à l’autre, pour constater la réalité de la notion de «civilisation de l’écran» dans laquelle nous vivons.

La série Museum Hours poursuit cette recherche sur la permanence et l’impermanence des êtres. Evoluant face à un aquarium de méduses (Jellyfish Tank), une vitrine d’animaux naturalisés (Spectrum of Life) ou des squelettes de dinosaures, les visiteurs disparaissent de l’image par leur propre mouvement: paradoxalement, c’est la réalité des animaux morts qui surgit de l’image. La photographie Contemplating Wapiti, où un personnage, devenu ombre car vivant, observe un wapiti naturalisé, devient ainsi un fascinant memento mori. < Lire également
L’article sur l’exposition de Julia Fullerton-Batten à la galerie Baudoin Lebon.

Matthew Pillsbury
Self portrait contemplating Wapiti, 2004. Photographie. 31 x 40 cm.
San Francisco self portrait, 2004. Photographie. 31 x 40 cm.
Escaping Elephants, Museum of Natural History,NYC, 2004. Photographie. 31 x 40 cm.
Spectrum of Live, Museum of Natural History, NYC, 2004. Photographie. 109 x 129 cm.