DANSE | SPECTACLE

Bacchantes – Prélude pour une purge

13 Déc - 16 Déc 2017

Treize interprètes (huit performeurs et cinq trompettistes)... Bacchantes - Prélude pour une purge, de Marlene Monteiro Freitas, offre un spectacle de danse contemporaine énergique. S'appropriant la pièce du tragédien grec Euripide, la chorégraphe capverdienne livre une interprétation actualisée du renversement. Entre démesure dionysiaque et carnaval, entre hybris et hybridations, les Bacchantes de Marlene Monteiro Freitas déborde d'une frénésie communicative.

Avec Bacchantes – Prélude pour une purge, la chorégraphe Marlene Monteiro Freitas livre un remix frénétique de la pièce d’Euripide. En prenant la musique comme point d’entrée dans cette pièce du tragédien grec, Marlene Monteiro Freitas transforme Les Bacchantes en carnaval contemporain. Avec huit performeurs et cinq trompettistes, la bacchanale chorégraphique explore ici mesures et démesures. Là où Friedrich Nietzsche faisait de l’affrontement entre dionysiaque et apollinien le lieu de naissance de la tragédie, la chorégraphe capverdienne confronte tradition grecque, cultures capverdiennes et cultures pop. Un maelström tourbillonnant, pour une adaptation très libre. Moment d’énergie et d’expansion, Bacchantes se frotte à l’irrationalité par le biais de l’incompréhension. Dans une société quadrillée par la logique, qu’est-ce que l’illogique ?

Bacchantes : Marlene Monteiro Freitas réinvente Euripide par la danse

Comme l’explique Marlene Monteiro Freitas, la pièce d’Euripide est un moment d’intensité aussi bien par ce qu’elle a de compréhensible que d’incompréhensible. Et dans l’interstice de l’incompréhensible se déploie la figure du renversement, la possibilité de l’absurde. Les Bacchantes, c’est d’abord une pièce qui raconte le retour de Bacchus-Dionysos à Thèbes. Fils d’une mortelle et sorti de la cuisse de Jupiter-Zeus, Dionysos revient venger le déshonneur fait à sa mère par quiconque refuse de voir en lui un Dieu. Divinité de l’exubérance, de l’hybris et du débordement, la colère de Dionysos lui est semblable : fusionnelle, emportée, furieuse et dévastatrice. Sans commune mesure. Et la pièce déplie l’engrenage de cette folie, par l’intermédiaire des femmes vouant un culte à Bacchus. Haut lieu de lutte entre Dionysos et Apollon, la musique, harmonique ou endiablée, jette un pont entre Euripide et Marlene Monteiro Freitas.

Bacchantes – Prélude pour une purge : la musique comme vecteur d’énergie

La musique permet tout autant de danser un menuet bien tempéré que d’exulter dans un carnaval de transe et de délire. Le corps en fuite devient alors la question centrale. Le lieu de l’inquiétude. Avec Bacchantes – Prélude pour une purge, Marlene Monteiro Freitas questionne les rapports culturels à la danse, aux rythmes. Allant chercher ce qui pourrait échapper au contrôle. Y compris celui des danseurs, chorégraphes et musiciens. Et en cultivant la part d’incompréhensible, le spectacle génère un terreau fertile en possibles. Animalité, possession, transe, subversion, dérision, renversements… Marlene Monteiro Freitas démilitarise la musique et ce qui marchait au pas se met alors à tomber, hoqueter, dérailler. Au son d’une étonnante parade cuivrée, savamment étudiée. Ainsi, Bacchantes – Prélude pour une purge n’est pas tant un moment de folie collective que la mise en scène de ce que pourrait être l’irrationnel contemporain, l’illogique.