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ART | CRITIQUES

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Laurent Grasso
Uraniborg
22 mai-23 sept. 2012
Paris 8e. Jeu de paume
Le premier étage du Jeu de Paume a été reconfiguré en un labyrinthe obscur: une inversion radicale du cube blanc en un méandre qui en serait le négatif ou l'inconscient. D'ailleurs ce qu'il y a à voir dans l'exposition n'est pas ce qui y est montré. Un néon blanc sur le mur de l'une des chambres noires avertit clairement: Visibility is a Trap.
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Par Muriel Denet

Pour déjouer le piège de la visibilité, Laurent Grasso installe un dispositif qui convoque les forces de l'invisible qui sourdent d'entre les images, celles de l'inconnu et de l'inexpliqué, qui intéressent tout aussi bien la science, la religion que la science-fiction, qui toutes sont affaires d'observation et de croyance, d'imaginaire et de mise en scène.

Dans les couloirs qui mènent aux projections vidéos, points nodaux de l'installation, des cellules accessibles au seul regard par quelques petites ouvertures à hauteur d'œil, sortes de judas qui évoquent la surveillance ou le voyeurisme, présentent des pièces aux statuts ambigus — livres, gravures, tableaux, moulages —, authentiques ou fabriquées par l'artiste. Elles se côtoient sans distinction, ni hiérarchie, réactivant secrètement un âge bouillonnant où sciences, art et magie se mêlaient dans le savoir et la croyance.

Les curieuses petites toiles de la série Studies Into The Past condensent ce télescopage de temporalités: leur facture et leur esthétique évoquent la peinture flamande ou italienne de la Renaissance, ou bien le pleinairisme plus romantique de Barbizon.
Paysages avec château fort et cavaliers en armure, ou sous-bois profonds, sont les lieux d'apparition de phénomènes étranges, non pas d'allégories religieuses ou de scènes mythologiques, mais une spectaculaire éclipse solaire, dans l'une, une invasion de volatiles noirs façon Hitchcock, dans l'autre, qui évoque d'ailleurs le film de l'installation Horn Perspective de 2009: une nuée noire envahissait l'écran toutes les demi-minutes, et filait comme un essaim dévastateur dans la trouée ensoleillée du sentier, puis se volatilisait comme par enchantement.

Ici la nuée se fait annonce des présages à lire dans la calligraphie mouvante des nuées d'étourneaux qui se déploient dans le ciel du Vatican, monumentalisé par des cumulonimbus qui surplombent le dôme de Saint-Pierre, enflammés par un couchant digne du Titien (Les Oiseaux).
A côté, la pompe catholique sature de rouge un petit écran cathodique globulaire qui retransmet sans commentaire le faste minutieusement codifié des funérailles de Jean-Paul II (The Construction of History). Au mur, une constellation observée par Galilée, est réinterprétée au néon, lumière moderne qui symbolise le temps qu'il aura fallu à l'Eglise pour réhabiliter le savant (1610).
Dans un de ces renversements de points de vue qui traversent de part en part le dispositif de Laurent Grasso, des photographies d'archives montrent des cardinaux posant au pied du télescope solaire de l'Observatoire du Vatican, l'un des plus vieux du monde.

Temporalités retournées, emboîtées les unes dans les autres, matériaux, images et symboles télescopés dans un réagencement qui tisse des réseaux de sens souterrains, et jettent le doute sur le visible, pourtant communément considéré comme source première des certitudes, le vrai devient suspect, le faux s'offre comme une révélation, qui ouvrent des mondes insoupçonnés.

Le château Uraniborg, qui donne son nom à l'exposition, a disparu. Il avait été bâti sur une île au XVIe siècle par le savant danois Tycho Brahé en forme d'observatoire astronomique, afin d'observer le ciel avant l'invention du télescope. Mais le château-observatoire permettait aussi à Tycho Brahé de surveiller la population qui, après sa mort suspecte, l'a démonté pierre à pierre. La caméra survole l'île perdue dans l'acier des flots, ou, depuis le sol, elle épouse l'angle de vue de la statue du savant tendue vers le ciel. C'est cet entre-deux, entre ciel et mer, ce point aveugle et insaisissable, que Grasso documente.

Dans On Air c'est un fragment de territoire du Qatar qui est en apparence surveillé par une caméra fixée sur un faucon, dont les vibrations au fil de l'air rendent les images à la fois vertigineuses et presque abstraites, le dispositif se transforme en un sismographe qui enregistre le vol du rapace en lieu et place du sol.

Fascination (Les Oiseaux), absence (Uraniborg), tremblé du super 8 (Bormazo), brouillage (On Air), l'image aveugle et vibre d'un au-delà du visible, sans certitude et peut-être sans objet. The Silent Movie, qui clôt le parcours, inverse le procédé, sur le mode du renversement des points de vue cher à l'artiste. Champs et contre-champs en plans fixes découvrent peu à peu des casemates, des canons pointés vers l'horizon marin, que les meurtrières cadrent en retour, azur et vide.
L'arrivée d'un submersible rentrant au port de Carthagène vient souligner la vacuité des dispositifs, celui des fortifications espagnoles, d'ailleurs vouées à la muséification, et celui de l'artiste, qui s'épuise en scrutations littérales, convoquant l'invisible au ...

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