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ART | CRITIQUES

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Delphine Coindet, Jordi Colomer
Collection
18 déc.-14 fév. 2010
Villeurbanne. Institut d’art contemporain
L'exposition «Collection», à l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne, présente les acquisitions postérieures à 2008, et, à travers elles, un regard sur l'état et les enjeux de l'art contemporain.
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Par Julie Silberberg

Par delà la singularité des œuvres, deux grandes orientations semblent se dégager dans «Collection» présentée à l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne, composée des deux dernières années d'acquisitions.
D'un côté, les explorations esthétiques de Delphine Coindet, Philippe Decrauzat et Pierre Malphettes; l'autre côté, Jordi Colmer, Laetita Echakhch et Delphine Reist s'orientent vers des recherches poétiques et sociocritiques.

Les œuvres Antimatière et Sans titre de Delphine Coindet procèdent à une réflexion sur le processus de création, sur l'inspiration plutôt que sur l'objet. Création qui, pour Delphine Coindet, est liée à l'abstraction.
Mais, loin de l'abstraction de la nécessité intérieure et de l'invisible ontologique chère à Kandinsky, l'abstraction est chez Delphine Coindet associée à l'acte instinctif ou au geste automatique tels qu'ils se présentent dans les dessins d'enfants.
D'où la simplicité formelle des cubes assemblés aléatoirement à la manière de lego et les couleurs pastel flashy participant à l'élaboration des gribouillages picturaux que la sérigraphie permettra, par la reproduction, de régulariser. La mise en œuvre apparaît, chez Delphine Coindet, comme une étape secondaire obéissant, à travers l'installation et la reproduction, à l'ordre d'une expression anomique.

Dans une autre approche de l'abstraction, Philippe Decreuzat crée des compositions géométriques complexes pour déstabiliser la perception, dans la veine de l'Op Art des années 1960.
Dans Can I Crash Here, Philippe Decreuzat occupe une pièce entière pour opérer, à l'aide de ruban adhésif noir collé au sol, une mise en abîme d'une forme circulaire ondulante, et créer ainsi une sensation de tourbillon susceptible de faire perdre l'équilibre au spectateur.
La distorsion de l'espace vient buter contre une barrière de bois plantée au sol (One Two Three, Four, Five) qui sert de point appui matériel au regard. Mais par son absence de fonctionnalité et l'incongruité de sa présence, la barrière se révèle être d'un secours inutile amplifiant le trouble de la perception.

A l'inverse de l'abstraction, Pierre Malphettes donne une figure à ce qui peut difficilement se stabiliser dans une forme. En matérialisant des phénomènes immatériels tels que l'arc-en-ciel, il nous plonge dans l'esthétique du décor théâtral et nous entraîne dans un monde de fantaisie poétique proche du Magicien d'Oz.
Trônant au centre d'une salle, l'œuvre de Pierre Malphettes intitulée Un Arbre en bois sous un soleil électrique consiste en un arbre grandeur nature construit à l'aide de planches et surplomblé d'un gros ballon lumineux en guise de soleil. Par la simplification extrême des formes de l'arbre et du soleil, Pierre Malphettes ne vise pas à plagier la beauté indépassable de la nature mais à en transmettre l'idée. Ce n'est pas la représentation qui importe ici, c'est l'imaginaire et la simplicité des moyens pour le stimuler.

Un autre aspect de la «Collection» est sa tonalité critique.
La première salle de l'Institut d'art contemporain présente un ensemble de vingt deux portes drapeaux noirs dépourvus de drapeaux qui semblent sortir du mur à la manière de lances. L'absence des drapeaux nationaux dans cette installation de Latifa Echakhch intitulée Fantasia (Empty Flags, Black) exprime l'inaptitude des pays à répondre aux problèmes mondiaux et le combat incessant qu'ils se livrent.

Dans la même salle, Latifa Echakhch réitère, avec Hospitalité, un de ses thèmes de prédilection, qui, en tant qu'artiste marocaine, fait écho à sa propre histoire: la mémoire collective, l'identité, l'intégration et l'accueil des étrangers en France. L'œuvre est basée sur une simple phrase «Espace à remplir par l'étranger», figurant sur les formulaires de demande de titres de séjour. Latifa Echakhch connaît l'administration dont la froideur et l'humanité tend à réduire la singularité des individus derrière l'appellation «étranger».

Dans une autre salle, on est attiré par un bruit effrayant provenant de l'installation de Delphine Reist. Habituée à détourner les objets de consommation par une personnification dérangeante, Delphine Reist crée avec Étagères un climat inquiétant en faisant s'animer un ensemble d'outils électriques posés sur des étagères métalliques derrière une vitrine de plexiglas.
Tels des animaux en cage, ces outils (perceuse, scie à métaux, etc.) protestent d'une certaine manière contre cette condition d'exposition qui leur est imposée, et revendiquent leur droit à la liberté. Métaphore de la société actuelle, cette installation témoigne d'une crise et de l'absence de revendications cohérente pour en sortir.

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