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ART | CRITIQUES

Cliquer pour Agrandir l'image Markus Schinwald, Ariel Schlesinger
Act Without
05 avril-05 mai 2012
Paris 3e. Galerie Yvon Lambert
Ariel Schlesinger, artiste israélien dont c'est la première exposition en France, et Markus Schinwald, qui a représenté le pavillon autrichien à la Biennale de Venise en 2011, occupent chacun un espace de la galerie. Étrange combinaison d'artistes eux-mêmes curieusement poétiques, tissant de ce fait d'impalpables liens qui, après coup, sembleront avoir été nécessaires.
carre_rouge  Par Camille Fallen

Tandis qu'une irritante odeur de butane ou de propane s'échappe de l'installation Braunschweig Door, dispositif reliant dans un chuintement une bonbonne de gaz, un fin tuyau et une porte vitrée dont une flamme jaillit de la transparence comme du plein milieu de nulle part, il est encore temps de voir — avant de s'effondrer à terre ou avant, peut-être, que tout n'explose —, qu'il y a parmi les autres pièces d'Ariel Schlesinger (artiste né en 1980 à Jérusalem et vivant à Berlin), une affichette publicitaire pour un nouveau briquet Braun, deux clefs dorées posées l'une contre l'autre sur une tablette, deux chaises en bois mécaniquement et électriquement articulées, un tapis lacéré ainsi qu'une table de travail et ses crayons laissés en plan, intitulée: I Believe in a Two States Solution.

Au moment d'être soi-même balancé entre deux états émotionnels, comme le crayon fait d'encens qui, sur la table, en réalité se consume doucement et sans flamme ajoutée, il apparaît que quelque chose se joue ici entre unité et dualité. Entre la flamme une (de l'âme, de la présence divine, de la prière ou bien, simplement, de ce qui a été ajouté à la flamme afin de réaliser un improbable briquet, We Started With a Flamme and Added as Little as Possible annonce l'affichette) et la dualité mise en scène dans tous ses états, Ariel Schlesinger joue des symboles à travers les ustensiles du quotidien, mêlant toutefois les niveaux d'interprétations sur un mode tout aussi bien léger que profond, poétique qu'ironique, mystique que politique.

Précaires équilibristes usées, crayonnées, bardées sous leurs sièges de dispositifs combinant serrures d'un côté, marteau de l'autre, les deux chaises articulées d'Act Without s'ajointent dans des couinements de câbles tendus, se démettent et puis chutent poussivement, jusqu'à se redresser encore, se réunir enfin, se séparer à nouveau et ainsi de suite, à la faveur d'une motorisation volontairement artisanale et désuète.
Les deux chaises presque toujours bancales paraissent ainsi chanter la parabole dansante d'un indéfectible duel ou duo, imparfait mais obstiné qui, lentement, maladroitement, réalise, maintient et puis brise l'unité, chutant les membres épars, et se relevant à chaque fois d'une catastrophe finale mais pourtant jamais ultime.
Alors, avec le souvenir persistant qu'avec Ariel Schlesinger, la flamme, entre astuce et miracle, surgit de l'inconnu et de l'incongru, c'est-à-dire de là où rien ne brûle, et tandis que l'odeur entêtante du gaz continue d'entretenir un léger malaise, nous pouvons alors passer, préparés à souhait, dans l'autre espace de la galerie, tel qu'il a été recomposé par Markus Schinwald.

Le jeune artiste autrichien poursuit ici son travail sur le corps, non pas transformé un matin, comme Grégoire Samsa en une horrible vermine mais affublé d'inquiétants accessoires. Ainsi les tableaux présentés ici, dans la première partie de cette seconde salle, sont-ils des portraits de maîtres du XIXe siècle retouchés, auxquels ont été ajoutés, à la façon d'instruments orthopédiques opérant sur la bouche, le nez, les yeux, des prothèses métalliques légèrement contraignantes, d'autant plus déroutantes qu'elles semblent parfaitement inutiles.
Tandis que le fin métal des instruments peints sur les visages et les corps indifférents fait planer dans l'air une atmosphère de dissection à venir, un autre portrait, entre horreur discrète et inavouable métamorphose est présenté le visage entièrement masqué d'un tissu noir, otage d'on ne sait quel silence.
Nous ne sommes toutefois pas au bout de nos peines (des peines qui, bien entendu, sont ici un plaisir).

La seconde salle est en effet coupée en deux par l'installation d'un bloc blanc monumental, fendu en deux («Calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur» pour le dire comme Mallarmé), et ouvrant trois passages dans lesquels il serait difficile de s'enfiler si cela n'était pas de surcroît prohibé.
Le corps impatient sagement tenu à distance, le regard pénètre dans ces étroits couloirs avec un irrémédiable sentiment d'angoisse (le latin angustia signifie d'ailleurs passage étroit). Or, si aucune prothèse ne nous a été greffée, nous sommes pourtant bien tenus en laisse par quelque fil ou fer invisible, nous tirant en arrière, conditionnant face à ces trouées nos mouvements obéissants, entre anxiété, désir et frustration. Car d'autres tableaux sont encore à voir ou bien à ne pas voir dans ces fentes, des tableaux aveugles qui font face aux murs ou que l'on peut encore apercevoir à l'autre bout inatteignable de l'espace.

Toutefois, malgré ...






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