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ART | CRITIQUES

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Gregor Hildebrandt
Zum Wohl der Tränen.
08 sept.-11 oct. 2007
Paris 3e. Galerie Almine Rech
Gregor Hildebrandt est un romantique élevé au rock eighties. Sa «peinture» prend la musique comme motif récurrent, avec ses mythes et ses matériaux. Mais alors qu'elle se laisse envahir par le son, aucun bruit ne la traverse. C'est là toute l'ambiguïté de l'œuvre. Et son étonnante virtuosité.
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Par Emmanuel Posnic

Gregor Hildebrandt revient chez Almine Rech après un passage remarqué dans l'exposition «Group Show» la saison dernière. Il dispose cette fois-ci de l'ensemble du rez-de-chaussée, ce qui n'est pas le moindre compte tenu de l'ampleur de ses pièces. Ampleur de la plupart des formats, ampleur également par l'autorité naturelle, la présence physique qu'elles insufflent.

Car ses «peintures», disions-nous, s'éloignent quelque peu des conventions. Ce sont en réalité des monochromes savamment construits à l'aide de bandes magnétiques contrecollées sur la toile. Les bandes proviennent de cassette audio, vestige d'une époque où la musique se piratait en se matérialisant. Une époque que Gregor Hildebrandt réifie constamment, ses références se portant généralement sur les grandes figures punk, folk et classique.
Des souvenirs, donc, pensés ici comme des accessoires que cristallise le piratage des sons. Sur ces toiles, le berlinois ne colle que les bandes de ses morceaux fétiches. Le End of Love de Leonard Cohen côtoie Marlène Dietrich dont la présence charismatique sur une plaque de granit envahit le fond de la salle. On la retrouve encore sur un disque transformé en réceptacle alors que plus loin c'est Judy Garland qui surgit à travers l'écho pénétrant d'une toile noire simplement animée par les fins de bandes multicolores. Gregor Hildebrandt l'intitule sobrement Over the Rainbow.

Gregor Hildebrandt fait résonner les souvenirs, il réhabilite la copie pour en faire l'ultime témoignage d'une vaste histoire des sons et des images. Avec lui, le son prend forme mais au-delà, c'est un panthéon personnel qu'il réactive, n'hésitant pas à le mythifier (la figure tutélaire de Marlène Dietrich) ou à le sacraliser (à l'entrée, les cils collés sous des scotchs disposés en croix). Il sait aussi le retourner, comme si la mémoire redistribuait l'histoire à la mesure de ses confusions : l'artiste installe un grand mur rempli de ses propres cassettes dont les tranches ont été repassées au pinceau, obturant les noms, les titres, les années.

Alors romantique, il l'est vraiment : son rapport à l'histoire et au témoignage, à la mémoire qui tangue et qui s'affiche, sa faculté à rendre ses œuvres souveraines et sobres à la fois et bien entendu l'émotion sincère qui les traverse, tout cela place son travail dans un sillon poétique sans nul autre pareil.

Gregor Hildebrandt
Gesternte Kassettenschallplatte, 2007. Bande magnétique et support de bande magnétique. 30 x 30 cm.
Joy Division – Substance, 2007. Bande magnétique sur toile. 174 x 134,7 cm.
Cheers for Tears (Tocotronic), 2007. Bande magnétique sur toile. 129 x 117 cm.
— Vue de l'exposition "Zum Wohl der Tränen", 2007. Galerie Almine Rech, Paris.


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